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LES ORIGINES
DE L’ÉCRITURE

Lorsqu’une invention est arrivée au dernier degré de perfection et de simplicité, la pensée ne se représente pas facilement la marche qu’on a suivie pour atteindre si haut. Veut-on retrouver la voie qui a conduit l’homme, de procédés en procédés, aux œuvres qu’on a sous les yeux, il faut souvent dépenser presque autant de pénétration qu’en a demandé la création de ces procédés mêmes. Nous sommes si loin des moyens grossiers qui constituent le point de départ de l’invention que nous ne discernons pas tout d’abord le fil qui les rattache à la conception dernière. Tel est le cas pour l’écriture, cette merveilleuse découverte qui nous semble aujourd’hui si simple, familiarisés que nous sommes avec elle dès notre enfance. Elle a exigé pour devenir ce qu’elle est des siècles de tâtonnemens et d’efforts ; elle a une longue histoire dont les débuts remontent à la nuit des âges, et que le vulgaire ne soupçonne pas. C’est au reste ce qui eut lieu dans l’antiquité pour les inventions les plus utiles, tout au moins les plus usuelles. On en connaît moins l’origine que celle de certaines conceptions bizarres et d’un emploi parfois stérile. Cependant quelle histoire offre plus d’intérêt que celle du procédé qui a permis d’étendre et de compléter la parole, qui a donné la vie à la science en lui fournissant les moyens de retenir et de transmettre les notions acquises par l’observation et l’expérience, et qui est ainsi devenu le véhicule de toutes les autres inventions ? L’histoire de l’écriture est une des pages les plus curieuses des annales de l’esprit humain ; elle nous fait toucher du doigt les premiers expédiens à l’aide desquels l’homme est parvenu non-seulement à fixer sa pensée, mais à l’éclaircir et à la particulariser. Que de notions acquises seraient sans l’écriture demeurées vagues et incomplètes ! Cette histoire nous apporte la preuve de la marche progressive de l’intelligence chez l’homme et de la