Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/170

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


contre la défiance extrême de soi-même, l’inviter à étudier des problèmes dont la solution définitive lui appartient, telle est la tâche que la commission s’est tracée ; point de panacée à découvrir, point de système bâti d’avance par quelques habits brodés, mais une méditation féconde à laquelle on convie tous les hommes de bon conseil, toutes les corporations qui s’occupent en France d’économie publique. Les commissions passent, les enquêtes subsistent. En nous aidant de ces recherches, nous tâcherons de déterminer d’une part le rang que la France tient dans le monde par son commerce extérieur, de l’autre l’esprit de nos négocians et les obstacles qu’ils rencontrent, soit dans notre régime économique, soit en eux-mêmes, c’est-à-dire dans les mœurs et les institutions.


I

Nous avons, pour mesurer le trafic international, un compteur placé à nos portes : la longue ligne des douanes, cette frontière vivante à côté de la frontière naturelle, retient un moment au passage tout ce qui entre et tout ce qui sort. En dépit de la fraude qui se glisse entre les mailles du filet, malgré la légèreté des négocians ou leur dissimulation, les chiffres recueillis par la douane ont une valeur comparative très réelle, et nous fournissent d’excellentes armes contre les objections les plus répandues. Vous contestez la valeur des réformes de 1860 ? Depuis cette époque, le mouvement général des entrées et des sorties a doublé : il était de 5 milliards 1/2 en 1859, il dépasse aujourd’hui 9 milliards. Vous craignez le contre-coup de la guerre, les suites d’une perturbation profonde ? De 1869 à 1873, rien que pour la France, le commerce extérieur a monté d’un milliard, au grand avantage de notre exportation. Direz-vous que nous ne tenons pas notre place parmi les grands peuples commerçans ? L’Angleterre, il est vrai, nous dépasse du double, et fait 15 ou 16 milliards avec l’étranger ; mais deux nations seulement sont en état de nous disputer la seconde place : l’Allemagne et les États-Unis. Céderons-nous à l’Allemagne sur ce nouveau champ de bataille ? Elle nous bat d’un milliard en 1873 ; mais elle a pour elle l’indemnité de guerre, qui lui permet de multiplier ses achats sans étendre ses forces productives : aussi ses entrées dépassent de beaucoup son exportation, qui est encore inférieure à la nôtre de 600 millions. Quant aux États-Unis, ils ne tiennent que le quatrième rang, avec un commerce extérieur de 6 milliards 1/2 : bon argument en faveur du libre échange, car l’Union cherche aujourd’hui à se passer de l’Europe, et multiplie des barrières de douanes qui ralentissent son activité proverbiale.

On dit encore : Vous êtes en France de grands consommateurs ;