Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/172

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pays nous avaient toujours défrayés largement, c’est-à-dire qu’au lieu d’aller chercher très loin les choses dont nous avons besoin, nous trouvions plus commode de les prendre à nos portes, dût-il nous en coûter davantage. Vainement les hommes d’état ont lutté par des surtaxes contre ces habitudes indolentes ; que de combinaisons n’a-t-on pas imaginées pour nous donner le goût des approvisionnemens directs, jusqu’à établir un tarif différent pour les marchandises qui avaient passé un certain cap et celles qui n’en venaient point ! Inutiles efforts ! Liverpool et Anvers ne nous ont pas moins fourni une grande partie des produits exotiques. Or le mouvement des entrepôts est entré dans une période de décroissance. L’exemple le plus frappant est celui des soies, parce que les envois de Londres sont presque nuls aujourd’hui, et que cette branche de notre industrie n’a pas cessé de se développer. Les graines oléagineuses, le cacao, le café, les sucres étrangers, nous arrivent aussi plus directement ; nous commençons à jeter les yeux au-delà de notre ancien horizon, et nous remontons les courans jusqu’à leur source, au grand avantage de notre bourse et de notre énergie. Lorsque nous voyons figurer à l’importation de Belgique certains produits que le sol flamand serait bien étonné de porter, lorsque la Grande-Bretagne nous envoie comme provenance directe des fruits que les brouillards de la Tamise n’auraient jamais réchauffés, il est clair qu’il faut déduire de notre commerce avec l’Europe un grand nombre de transactions où celle-ci joue le rôle d’un simple intermédiaire, et que nous nous affranchirons tôt ou tard des entrepôts voisins, pour puiser à pleines mains dans les réservoirs naturels qui les ont alimentés jusqu’ici. Réciproquement combien de produits qui portent la marque évidente du goût français sont expédiés en Angleterre, et de là dans le monde entier ! combien de nos fabricans choisissent volontairement cette voie, qui est pour eux le grand chemin battu, et se reposent sur ces voisins trop complaisans du soin de découvrir les débouchés, de nouer les relations, d’organiser le crédit ! Tel peuple qui nous connaît à peine tire d’Angleterre et consomme nos meilleurs produits. Donc il ne faut pas se hâter de mettre en balance, en face de notre commerce européen, le chiffre relativement faible de nos affaires avec les pays d’outre-mer ; l’adresse de nos envois est souvent trompeuse, et le traité passé avec un négociant anglais masque souvent une opération de longue portée dont il nous appartient de recouvrer la conduite.

Au-delà des mers, l’opinion commune nous attribue peu d’initiative ; des relations très anciennes seraient seules capables de nous arracher à nos goûts sédentaires. Cependant où voit-on que nous ayons fait les plus grands progrès ? Serait-ce dans nos