Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/202

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de notre choix, au milieu d’un auditoire sympathique, cette pression de l’opinion publique est-elle plus regrettable que mille petits empiétemens des conventions sociales sur notre liberté individuelle de chaque jour ? Sans doute l’Angleterre religieuse a ses extravagances et ses absurdités ; mais, pour juger d’un état social, il faut l’embrasser sous toutes ses faces, et à côté de ce puritanisme archaïque, qui d’ailleurs cède peu à peu devant l’invasion des mœurs modernes, il faut envisager l’extension de cette activité intellectuelle et morale que l’habitude de discuter ou tout au moins d’examiner les problèmes les plus élevés de la nature humaine a’ tant concouru à répandre dans tous les rangs de la nation anglaise.


I. — CHRISTIANISME RATIONALISTE. — LES UNITAIRES. — LES FREE CHRISTIANS.

Parmi les églises que nous n’hésitons pas à ranger sous la dénomination de rationalistes, la plus connue, la plus ancienne, la plus nombreuse, c’est sans contredit l’église unitaire. Dans ses fractions les plus avancées, elle mérite encore le nom de chrétienne, puisqu’elle reste en communauté d’origines, de traditions et de sentimens avec toutes les autres subdivisions du christianisme ; mais elle n’a pas moins de droits au titre de rationaliste, aujourd’hui surtout que son caractère distinctif est de n’imposer à ses membres aucun dogme réprouvé par leur raison individuelle. Les anciens unitaires, soit qu’à l’instar des sociniens ils reconnussent au Christ une nature semi-divine, soit qu’ils en fissent simplement le plus parfait des hommes, avaient encore, comme toutes les sectes, un certain corps de doctrines positives qui formaient le patrimoine commun de leurs adeptes ; mais, à force de rejeter individuellement tous les dogmes essentiels de la théologie chrétienne, — tels que le péché originel, la vertu des sacremens, la résurrection de la chair, la possibilité des miracles, l’infaillibilité des livres saints, — ils finirent par n’avoir plus d’autre lien religieux que leur dénomination de chrétiens, leur vénération pour le personnage du Christ et leur adhésion aux principes généraux de la morale évangélique. Sur ce terrain, ils se sont rencontrés avec les nombreuses congrégations de méthodistes, de presbytériens, d’indépendans, etc., qu’un travail simultané d’émancipation intérieure avait également amenés à rejeter toute la partie dogmatique du christianisme. Aussi l’organisation officielle de l’église unitaire embrasse-t-elle aujourd’hui, non plus seulement les descendans religieux des anciens sociniens, mais toutes les congrégations de dénominations diverses qui, sans rejeter le titre de chrétiens, n’imposent plus à leurs membres aucune formule d’adhésion à une profession de foi déterminée.