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« l’amour de Dieu et l’amour des hommes, — piété et moralité. » On voit qu’ici nous naviguons déjà en plein théisme.


II. — THEISME. — LE REVEREND CHARLES VOYSEY. — LES INDEPENDENT RELIGIOUS REFORMERS.

Quelques logiciens ont reproché aux unitaires de ne pas pousser assez loin leurs tentatives de synthèse religieuse. A les en croire, conserver le nom de chrétien et repousser en même temps l’origine surnaturelle du christianisme, c’est se complaire dans l’équivoque et exclure inutilement de la communauté religieuse les juifs, les mahométans, les bouddhistes, les théistes même, qui se refusent à reconnaître la supériorité morale de la Bible. Pourquoi d’ailleurs ériger en dogme des préceptes, même purement moraux, une fois qu’on déclare fonder l’association religieuse non sur l’identité des croyances, mais sur la simple conformité du sentiment religieux ? L’église universelle, ce n’est pas une église chrétienne libre, c’est une église libre, ouverte à tous ceux qui admettent l’existence de Dieu, et qui éprouvent le besoin de lui rendre hommage en commun. Déjà dans les dernières années de la révolution française la société des théophilanthropes avait établi à Paris même un culte fondé sur ce qu’elle appelait les vérités de la religion naturelle, c’est-à-dire sur les principes admis par toutes les nations, et capables en conséquence de réunir toutes les sectes dans une commune aspiration vers la Divinité. C’est sur un raisonnement analogue que reposent à Londres deux congrégations purement théistes, l’une dirigée par le révérend Ch. Voysey, l’autre, beaucoup moins importante, par le docteur Perfitt.

Le révérend Charles Voysey était un clergyman fort distingué de l’église anglicane qui, dès son entrée dans les ordres, s’était fait remarquer par l’extrême indépendance de ses opinions religieuses. La publication d’un recueil intitulé the Sling and the Stone (la Fronde et la Pierre), où il mettait en question la divinité du Christ et le dogme du péché originel, excita une telle indignation dans les rangs des orthodoxes, que deux associations cléricales, l’English Church Union et la Church Association, offrirent chacune 500 livres sterling (12,500 francs) pour couvrir les frais d’un procès devant l’autorité compétente. Bref, M. Voysey fut privé de son bénéfice, et, sans même traverser l’étape de l’unitarisme, fonda à Saint-George’s hall, le 1er octobre 1871, la congrégation théiste qu’il dirige encore aujourd’hui.

Saint-George’s hall, située dans le prolongement de Régent street, est une petite salle de théâtre dont l’aménagement reproduit