Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/220

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de faire de la propagande populaire. Il y a quelques années, on raconte qu’un membre fort connu de la broad church avait voulu assister à une de leurs réunions ; comme à son retour un unitaire de ses amis lui demandait en plaisantant s’il y avait vu un Dieu en trois personnes, il répondit sur le même ton qu’il y avait vu trois personnes et pas de Dieu. — Aujourd’hui, d’après un de leurs membres les plus distingués, M. le professeur Beesly, qui a bien voulu me renseigner personnellement, leur congrégation compterait dans Londres une centaine de membres actifs. Chaque dimanche, ils se réunissent pour écouter une address débitée par leur « directeur, » le docteur Congreve. Jusqu’à présent, ils n’ont guère appliqué les minutieux détails du rituel comtiste que dans la célébration des mariages et dans la « présentation » des enfans ; mais, — toujours d’après M. Beesly, — ils n’attendent, pour organiser complètement leur culte, qu’une augmentation spontanée dans le nombre de leurs adhérens. Ajoutons ce détail, qu’ils ont organisé une instruction primaire conforme à leur système, et qu’à l’instar des cléricaux, ils proclament l’incompétence absolue de l’état en matière d’enseignement.

Le comtisme n’est pas la seule religion qui, enfantée par un cerveau français, ait jeté racine sur l’autre rive de la Manche. J’avais lu le dernier samedi d’avril dans les annonces du Daily News que la Humanitarian Society devait donner le lendemain, dans son local de Claremont hall, une conférence sur la religion de Dieu. Je n’y attachais pas grande importance, croyant avoir affaire à une de ces sociétés radicales qui s’efforcent de répandre leurs négations politiques et religieuses au moyen de meetings et de conférences spécialement données le dimanche. Ce fut seulement un mois après, comme je gravissais la pente de Pentonville avec l’intention de visiter à Islington la charmante chapelle néo-gothique d’Unity church, que l’idée me vint de faire un détour par Penton street pour jeter au moins un coup d’œil sur le public de la Société humanitaire. Une affiche placardée à la porte de Claremont hall m’apprit qu’un des sociétaires devait traiter ce soir-là de « la condition sociale des aveugles. » A côté se trouvait la liste des autres conférenciers qui avaient parlé dans le courant du mois ; j’y remarquai trois ou quatre noms qui dénotaient évidemment des origines slaves et germaniques. M’engageant dans un couloir obscur à la suite de deux jeunes gens qui conversaient en allemand, je finis par trouver un escalier qui débouchait sur une large salle remplie de bancs, où une vingtaine de personnes se trouvaient assises fort à l’aise. A côté de l’estrade destinée à l’orateur se voyait un piano qui frémissait déjà sous les doigts agiles d’une jeune personne vêtue de noir. Un second air succéda au premier, puis un troisième, sans que rien