Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/238

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approuver ses protestations. Ainsi donc voilà qui est clair : un député, parce qu’il est député, se croit autorisé à protester contre un acte souverain de l’assemblée et contre la politique qui en est la conséquence, il se couvre publiquement de « l’approbation royale, » les journaux enregistrent gravement ces actes, ces lettres, ces manifestations, et, à ce qu’il paraît, tout cela est parfaitement régulier dans un pays où il y a des lois, un régime établi, un gouvernement constitué ! Et il est sans doute aussi parfaitement régulier qu’un gouvernement ait l’air de rester impassible devant ces menées de toute sorte contre des lois et un régime qu’il est chargé de défendre ! Les légitimistes, ceux qui ont bien le droit aujourd’hui de s’appeler des irréconciliables, offrent, il faut en convenir, un étrange spectacle. Depuis que par leur faute, surtout par leur faute, ils ont échoué dans la restauration de la monarchie, ils se sont perdus dans une politique de ressentiment et de mauvaise humeur contre tout le monde, contre leurs alliés de la veille, et ils en sont venus à se mettre en dehors de tout, à ne pouvoir plus même offrir au gouvernement qu’un appui compromettant. Ils finissent par se rencontrer avec les bonapartistes dans la guerre contre la république, qu’ils n’ont pas pu empêcher, contre ces lois constitutionnelles qui ont maintenant à triompher non-seulement de ceux qui persistent à les combattre après avoir refusé de les voter, mais encore de ceux qui les ont votées et qui commencent à s’en repentir.

L’esprit de transaction, qui a été le seul mérite et la vraie cause du succès de ces lois, est précisément ce qui devait les exposer à l’hostilité des partis extrêmes. Les légitimistes, les bonapartistes, les combattent parce qu’elles sont trop la république ; une fraction du radicalisme, qui s’est laissé aller à les voter, les renie aujourd’hui parce qu’elles ne sont pas assez la république. Bref, la scission est au camp de la gauche comme au camp de la droite, la guerre est déclarée, et, par un singulier retour des choses, M. Gambetta lui-même devient un réactionnaire pour M. Naquet ! Au fond, cette scission ne laisse pas d’être sérieuse sans doute, puisqu’elle est un signe des divisions de la gauche et des impatiences, démocratiques ; mais, par la manière dont elle se produit, par la figure sous laquelle elle apparaît, il faut bien avouer aussi qu’elle est faite pour égayer un peu les vacances. M. Naquet, chef de parti, candidat aux honneurs même dans la république radicale, voilà une des bizarreries du jour ! M. Naquet est visiblement plein de son importance, il écrit des manifestes, il visite ses électeurs d’Arles et de Cavaillon, il prononce des discours en mettant la main sur sa poitrine, en remerciant de « l’accueil qu’on fait non à sa personne, mais à ses idées, » en parlant d’un ton sérieux de l’impression que ses lettres produisent en France ! Ce qu’il y a de plus clair, c’est que M. Naquet n’est pas content du tout ; il prétend avoir été abusé dans sa candeur par M. Gam-