Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/435

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Ils auraient tort cependant de se bercer de l’illusion d’un triomphe prochain. Leurs devanciers avaient prudemment attendu pour commencer leur campagne libérale que la prescription trentenaire eût couvert l’encyclique de Grégoire XVI ; il n’y a guère plus de dix ans qu’a paru l’encyclique de Pie IX avec le Syllabus, et la proclamation du dogme de l’infaillibilité du pape ne date que de cinq ans. Ces déclarations et cet acte dogmatiques n’ont encore rien perdu de leur vertu. Nous sommes en pleine réaction cléricale, et qui oserait parler aujourd’hui comme on parlait au premier congrès de Malines serait tenu pour schismatique. Moins que jamais, les doctrines libérales sont en odeur de sainteté auprès du gouvernement de l’église. Depuis la proclamation du dogme de l’infaillibilité, ce gouvernement n’est-il pas devenu une pure dictature, une sorte de césarisme religieux ? Ne serait-il pas facile de retrouver aussi dans sa politique les procédés et les tendances de la politique césarienne, les coups de surprise destinés à éblouir et à entraîner les imaginations, les séductions exercées sur les masses besoigneuses par l’appât d’un accroissement de bien-être matériel ? Jamais les miracles se sont-ils plus multipliés ? Les vierges apparaissent dans les grottes, les images miraculeuses se signalent à l’envi par des guérisons qui menacent d’une concurrence sérieuse la médecine laïque, et de toutes parts les pèlerins accourent, attirés par ces manifestations surnaturelles. Ces légions dévotes ne dédaignent point toutefois d’emprunter à la société moderne ses inventions et son confort. On ne se met plus en route, pieds nus, avec l’écuelle à la ceinture et le bissac sur l’épaule. On voyage en chemin de fer, non sans avoir demandé aux compagnies la faveur du prix réduit ; la distinction des rangs et des fortunes s’est maintenue dans.ces trains pieux ; on y trouve des voitures de 1re, de 2e et de 3e classe, comme dans les trains ordinaires. Mieux encore : grâce à un perfectionnement ingénieux, on peut se faire remplacer dans ces excursions de piété et gagner des indulgences par procuration.

Aux manifestations surnaturelles viennent se joindre les « œuvres populaires » que nous ont fait connaître les comptes-rendus annuels des comités et les rapports du congrès de Reims. Le patronage de « Jésus ouvrier » a succédé à celui du prince impérial, et de même que l’auteur des Idées napoléoniennes avait rêvé une vaste enrégimentation des classes ouvrières sous la tutelle de l’état césarien, on rêve, dans les secrétariats des comités et dans les commissions des congrès catholiques, la reconstitution de l’industrie, le rétablissement des corporations et des confréries sous la bannière de l’église. Voilà par quels procédés on entreprend de ramener la foi dans les âmes et de restituer à l’église catholique la direction suprême de la