Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/442

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fatale expédition du Mexique avait englouti presque toutes les armes et presque toutes les troupes de la France ! On dut se faire l’aveu étrange qu’on avait souhaité avec ardeur, favorisé, provoqué la plus grande des complications européennes sans même s’être demandé si, au moment critique et prévu de la rupture de l’équilibre du monde, on serait en état de faire ne fût-ce qu’une simple démonstration militaire. Le parti de l’action, dans les conseils de l’empire, eut dès lors beau jeu pour célébrer la Prusse comme l’agent puissant de la civilisation et du progrès, pour s’élever contre les tendances de tout temps autrichiennes des bureaux du quai d’Orsay, et recommander plus que jamais une alliance avec M. de Bismarck : il fallait lui donner carte blanche en Allemagne et compléter l’unité française en s’emparant de la Belgique. M. Drouyn de Lhuys n’eut pas de peine à démontrer l’inanité, la témérité de pareilles suggestions, et il demandait, non sans amertume, comment la France, qu’on déclarait incapable de mettre sur pied ne fût-ce qu’un corps d’observation sur le Rhin, se trouverait assez forte pour attaquer Anvers, provoquer l’Angleterre et finir par aligner probablement contre soi toutes les puissances de l’Europe, parmi lesquelles la Prusse ne serait point la dernière ? Il n’était pas en reste de récriminations, et il démontrait le zèle officieux et coupable qu’on avait mis à faire éclater une guerre dont lui, pour son compte, il n’avait jamais cessé de redouter les conséquences, combien aussi on avait eu soin de ne mettre aucune condition au laisser-aller accordé à l’une des parties, la plus redoutable, la plus habile et avec laquelle il était le plus essentiel de prendre d’avance ses sûretés. Du côté où il n’était point constamment contrarié, il n’avait négligé aucune précaution ; en cas de victoire de l’Autriche, la Vénétie était toujours acquise à l’Italie. « Dans mon opinion, ajoutait ingénument le ministre, au point de vue français c’est un mauvais résultat ; mais l’empereur y tenait avant tout, je le lui ai procuré. » C’était bien le moins, pensait-il, qu’on lui laissât obtenir de l’autre côté les compensations, françaises cette fois, qui seules pourraient justifier devant la nation les complaisances passées envers la Prusse…

Les débats furent longs et très vifs pendant plusieurs jours, et des influences diverses s’agitèrent dans les directions les plus opposées. Le parti du Palais-Royal n’était pas le seul du reste à prêcher l’abandon du vaincu de Sadowa ; dans une certaine mesure, il trouva des adhérens parmi les hommes d’état les plus modérés dans leur opinion et d’ordinaire les plus calmes dans leurs jugemens. M. Rouher fut un des premiers à dissuader de toute démonstration armée sur la frontière de l’est, et bientôt nous l’entendrons même parler d’une