Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/478

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pages à cette étude ; ce n’est qu’une esquisse, un léger crayon, il faut espérer qu’il y reviendra. Il signale l’importance de l’intervention des femmes dans les affaires de l’état, la part considérable qu’elles ont à ce qu’il appelle « le gouvernement cérémonial de la société, » les influences directes ou indirectes, manifestes ou clandestines qu’elles exercent sur les opinions et les actes publics des hommes. Il remarque que, se gouvernant par l’instinct plus que par la raison, leurs petites perceptions leur tiennent lieu d’idées générales, qu’elles ont peu de goût pour les lois abstraites, qu’elles préfèrent la générosité à la justice, qu’elles ont un penchant naturel à conférer les bienfaits sans les proportionner aux mérites, que la préoccupation du présent leur fait oublier l’avenir, qu’elles commettent plus souvent que les hommes la faute de rechercher ce qui leur semble un bien immédiat, sans avoir égard aux conséquences, qu’enfin elles naissent avec le respect de la force, du pouvoir, de l’autorité, de la tradition, du symbole, de tout ce qui se présente à leur imagination avec un appareil auguste, consacré par le temps, et qu’en politique comme en religion l’esprit de conservation trouve en elles d’actives et puissantes alliées. Cela revient à dire avec Aristophane que la femme est l’être religieux et conservateur par excellence. Est-il désirable d’accroître son influence politique et sociale ? M. Spencer s’est abstenu de traiter cette question, depuis longtemps résolue par les émancipées et les saint-simoniennes d’Athènes qu’Aristophane a fait figurer sur ses tréteaux. « Qu’on nous laisse conduire les affaires de l’état, s’écriaient-elles en chœur, et nous ferons justice de toutes les nouveautés dangereuses et de la rage d’innover qui s’est emparée des hommes. Nous autres, ce que nous avons fait une fois nous aimons à le faire toujours, et qu’il s’agisse de fêter les dieux et les déesses, de pétrir des gâteaux, de donner du fil à retordre à nos maris ou de filer adroitement une intrigue secrète, nous nous en tenons aux vieilles méthodes qui sont les bonnes. » Praxagora ajoutait que les femmes ont une vocation particulière pour être d’excellens ministres des finances : « elles sont pleines de ressources pour se procurer de l’argent et ne se laisseront pas facilement tromper, elles s’entendent trop bien à tromper elles-mêmes. Citoyens, laissez-nous faire, et vous vivrez dans un parfait bonheur. » Nous nous défions un peu du parfait bonheur que nous promet Praxagora, mais ce n’est pas une raison pour la condamner à traire la vache et à s’en aller au champ lui chercher de l’herbe.

Ou ménagère ou courtisane ! voilà la conclusion de Proudhon et la terrible formule par laquelle il résume sa pensée. Il en est des paradoxes de Proudhon comme des apparitions de revenans dans les romans de Mme Radcliffe : tout s’explique à la fin, et le lecteur découvre, non sans dépit, qu’il aurait pu se dispenser d’avoir peur. Pas de milieu, ou courtisane ou ménagère ! Ce mot fait trembler. Rassurons-nous ; dans l’une des dernières pages de son livre, l’auteur nous confesse qu’il