Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/50

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D’un autre côté, il lui sera difficile de trouver une compagnie qui veuille sans une subvention considérable l’entreprendre pour son compte, car pendant longtemps le capital ne serait pas rémunéré, et la Grèce n’est point obligée à payer une telle subvention. C’est donc, comme me le disait un des ministres de M. Thiers, une de ces entreprises qui ne peuvent être exécutées qu’à frais communs par les gouvernemens intéressés, et dans ce cas ils s’en partagent la dépense au prorata de leur navigation. C’est pour eux un placement de fonds dont l’accroissement du produit des douanes paie l’intérêt. Ainsi le canal de Corinthe ne sera pas et ne doit pas être entrepris par les Grecs ; mais c’est au gouvernement du roi George de soulever la question, de la proposer aux gouvernemens étrangers, de la discuter avec eux et d’en faciliter la solution. C’est par de telles choses que la diplomatie pourrait démontrer qu’elle n’est pas inutile.

La Grèce paraît arrivée au moment où les grandes industries doivent, avec le concours des étrangers, s’établir chez elle et recevoir le trop-plein de son université. Les expositions industrielles et agricoles qu’elle a organisées sous le nom de Jeux olympiques, quoiqu’elles se tiennent dans Athènes, témoignent d’un mouvement des esprits en ce sens ; ce progrès est constaté d’une autre manière par les transports maritimes : la seule compagnie de navigation à vapeur de MM. Fraissinet, de Marseille, a importé dans le pays pendant la dernière année plus de machines de tout genre que pendant les dix années précédentes. Le Pirée possède plus de trente usines à vapeur, moulins, fonderie, scierie, filatures, et surprend le voyageur non prévenu en lui présentant l’aspect d’une ville industrielle. Le port de Syra ne construit plus seulement des caïques et de petits bateaux à voiles pour le cabotage, il construit aussi de toutes pièces des navires à vapeur. Si d’une part l’esprit de parti, qui a jusqu’à ce jour réduit l’état à l’impuissance et paralysé les administrations, fait place à une conception plus haute des devoirs de l’homme politique, et si d’autre part l’esprit d’exclusion qui écarte les étrangers vient à s’effacer, la Grèce verra s’exécuter sur son sol classique les grands travaux qui le rendront productif et feront de lui le Piémont de cette autre Italie qu’on appelle le panhellénium ; mais elle aura, pour atteindre ce but, quelque chose à réformer, non-seulement dans son esprit et dans ses habitudes, mais aussi dans ses lois. Sa loi électorale est particulièrement mauvaise et cause à elle seule une grande partie des maux dont souffre le pays. On n’est pas député de la Grèce, on l’est de tel ou tel lieu déterminé. On ne peut se porter candidat à la députation que dans son propre canton, dans le lieu très circonscrit où l’on a