Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/559

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kilomètres, et des nombreux gaves qu’il reçoit sur son trajet. Sortie du massif montueux des Hautes-Pyrénées, c’est-à-dire de la région où les pluies avaient atteint leur maximum d’intensité, cette rivière était déjà un fleuve lorsque, quittant les montagnes du Bigorre, elle entra dans la vaste plaine de Tarbes. Un horrible drame faillit se produire dans cette ville. Trois cents personnes environ, réunies sur le pont, regardaient défiler les épaves que charriait le torrent, lorsqu’une trépidation se fit sentir. Le pont commençait à céder à la pression des flots, et un instant après il s’écroulait avec un fracas épouvantable. Dans ces quelques minutes d’intervalle, tout le monde avait eu le temps de s’éloigner, sauf trois ou quatre personnes qui tombèrent dans le fleuve, mais qui heureusement purent s’échapper. Un moment on eut des craintes sérieuses pour l’arsenal, que les eaux avaient déjà entamé. Les habitans des autres localités situées en aval, telles que Aire, Saint-Sever, Dax et Bayonne, pour ne parler que des principales, eurent les mêmes appréhensions que ceux de Tarbes et furent témoins du même spectacle, la vallée changée en lac, et les récoltes emportées ainsi que les constructions qui se trouvaient sur les rives du fleuve. A Aire notamment, un faubourg situé dans la partie basse de la ville fut horriblement dévasté. L’Adour recevant des affluens jusque près de son embouchure, l’inondation alla toujours en grandissant dans la plaine, et dans le département des Landes, situé, comme on sait, dans la partie inférieure de son cours, on estime à 38,000 hectares la superficie des terres envahies, et à 107 le nombre des communes atteintes.

Le chiffre des pertes relevées dans les dix départemens envahis par l’inondation est loin d’être aussi élevé qu’on l’avait cru tout d’abord sous l’impression des premières nouvelles. On parlait de plusieurs centaines de millions lorsque le maréchal de Mac-Mahon, au retour de son voyage dans le midi, annonça que, d’après les premières enquêtes faites par les municipalités, le total des pertes ne dépassait pas 150 millions. Ce chiffre, considérablement réduit d’après des relevés plus exacts, dans une lettre adressée par Mme la duchesse de Magenta au président du comité de secours de Londres, fut définitivement fixé à 75 millions lors de la tournée que M. le ministre des travaux publics fit à son tour dans le sud-ouest. 50 millions représentent les récoltes perdues, 20 millions les habitations détruites, 3 millions les routes et les ponts emportés, enfin 2 millions les dégâts subis par les compagnies de chemins de fer. D’après la lettre de Mme la maréchale, le nombre des morts s’élevait à environ 600 et celui des constructions détruites à 6,900. La Haute-Garonne est le département qui a été le plus éprouvé : 330 morts, 2,600 habitations anéanties, 5,000 têtes de bétail