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LES PAPES
ET
LES ROIS DE FRANCE

Le pouvoir temporel de la papauté n’est plus qu’un souvenir, et la chute de ce pouvoir excite dans une certaine partie de la population catholique d’amers et profonds regrets. On dirait que les destinées de la France sont subordonnées à celles du saint-siège, qu’il a été dans le passé notre allié le plus fidèle, et que les grands rois de l’ancienne monarchie n’ont été grands que parce qu’ils étaient les fils aînés de l’église romaine. En présence de ces exagérations, il n’est pas sans intérêt d’interroger l’histoire et de chercher, en les dégageant du voile religieux qui les couvre, quels ont été les rapports des deux puissances dans les temps antérieurs à la révolution. Le sujet est trop vaste pour être ici traité dans le détail, mais il suffira d’en présenter une vue générale pour montrer que le vieux catholicisme français ne ressemble en rien au catholicisme ultramontain qui s’abreuve aux sources de la Salette, que les papes ont été loin de marcher toujours d’accord avec les rois, et que bien des opinions depuis longtemps accréditées au sujet des services qu’ils ont rendus à notre pays et dans ce pays même à la religion catholique tombent devant l’examen des faits.


I

Sous la première dynastie franque, les relations de Rome avec les Mérovingiens sont rares et peu suivies ; elles n’ont rien du caractère officiel qu’elles prendront plus tard, et les deux pouvoirs vivent l’un vis-à-vis de l’autre dans une complète indépendance.