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Méditerranée. Si la France exerçait à cette époque l’influence que les indifférens d’il y a quatre ans désirent à présent lui voir reprendre dans les conseils de l’Europe, cette extension redoutable de l’Allemagne n’aurait pas lieu. Cela dépendra de sa persévérance à l’intérieur et de son habileté diplomatique, de sorte que c’est encore sur ces deux choses que reposent pour les peuples méridionaux le salut et l’avenir ; mais si, entraînée par les réactions monarchiste et cléricale, la France venait à perdre le rôle auquel elle a droit, rien n’empêcherait l’Allemagne de déchirer l’empire ottoman, d’en jeter un lambeau à la Russie et un autre à l’Austro-Hongrie, devenue, selon la théorie allemande, un royaume oriental, un empire danubien. On désintéresserait la France en la rendant à son intégrité, l’Autriche en l’étendant vers l’est, la Russie en lui laissant prendre le Bas-Danube et la péninsule hellénique.

Il y a longtemps déjà que l’Allemagne se prépare à des événemens de cette nature. Elle a commencé à diriger vers le Levant une partie de son émigration, que le Nouveau-Monde absorbait auparavant. Elle a en Syrie des groupes d’émigrans dont la totalité doit dépasser aujourd’hui 15,000 hommes, si nos informations sont exactes. La création d’une école allemande à Athènes ne semble pas être purement archéologique, puisqu’on a mis d’abord à la tête un diplomate qui, paraît-il, va être remplacé par un général ; on ne manque pourtant pas de savans qui seraient aptes à diriger cette institution. Les Grecs voient dans la convention relative à Olympie autre chose qu’un traité d’une nature scientifique : un rapport adressé par la Société archéologique au gouvernement déchu signalait des périls prochains, qu’il est difficile à présent de conjurer. Les articles de cette convention relatifs aux ouvriers, aux conducteurs des fouilles, à l’achat des terrains, livrent absolument à l’Allemagne le sol d’Olympie ; rien ne l’empêchera, si elle veut, d’installer une colonie en plein Péloponèse, de la mettre en communication facile avec le port de Catacolon, d’avoir là des navires de guerre et des soldats au moyen desquels elle agira selon ses besoins. Enfin la lutte incessante que les Allemands ont entreprise sur tous les points du Levant pour y ruiner l’influence française n’est pas non plus sans signification ni portée. Avoir des amis, des alliés et des points de ralliement est une chose toujours utile, pour ceux surtout que tourmente l’ambition des conquêtes et qui ne reculent pas devant l’idée de se partager les peuples comme des troupeaux.

La solution naturelle de la question d’Orient peut donc être retardée par la France et l’Angleterre, surtout par cette dernière puissance ; mais elle ne sera pas empêchée, parce que les faits démontreront et démontrent déjà que les intérêts de ces deux états