Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/688

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falsifient l’huile minérale avec les bas profits que la distillation en avait retirés. Avec la crainte des explosions disparaît aussi celle des mauvaises odeurs, qui ne s’engendrent que par les bas produits, ou au milieu d’une ignition incomplète et d’un courant d’air insuffisant dans la cheminée de la lampe. De bonne heure on « a paré à ce nouvel inconvénient, et avec un instrument bien construit et bien entretenu, il est certain que l’éclairage au pétrole peut lutter avec avantage contre tous les éclairages possibles, comme l’exemple des États-Unis le prouve.

Fournir un éclairage brillant, sain et à bon marché, donner au prix le plus bas possible la lumière aux familles pauvres, telle semble être la destinée véritable du pétrole, qu’il s’agisse de celui d’Amérique ou de ceux d’Europe, et même de ces huiles minérales obtenues par la distillation des schistes et des bois bitumineux fossiles. Ce n’est que le pétrole raffiné qui sert à l’éclairage. Par une suite de purifications, de distillations successives, il abandonne au fond des cornues ou laisse dégager divers produits secondaires, des eaux ammoniacales, des goudrons, des huiles lourdes, des éthers, des benzines, de la paraffine, qui tous ont une importance bien moindre que l’huile d’éclairage, mais dont l’industrie a su tirer parti. C’est ainsi que les goudrons servent à lubrifier les grosses pièces de machines comme cambouis, et les huiles lourdes sont employées dans la peinture en rivalité avec l’huile de lin, que la paraffine est utilisée à faire des bougies transparentes, etc.

Le pétrole brut de Pensylvanie était naguère versé à l’orifice des sources mêmes dans des barils de bois qui servaient au transport. Il se perdait en route une grande quantité d’huile par le coulage ; en outre les chemins mal entretenus, fatigués par un parcours incessant, étaient presque impraticables en hiver, et la population charretière était la plus mauvaise, la plus ignoble, la plus dangereuse qu’on pût voir. On a remédié à tous ces inconvéniens en faisant passer directement le pétrole des cuves de réception installées sur les sources dans des conduits en fer qui courent à la surface du sol et amènent l’huile, refoulée par des pompes, si besoin est, jusqu’aux gares les plus voisines. Ces lignes de tuyaux rappellent celles dont on fait usage dans quelques-unes des sucreries de betterave du nord de la France pour transporter le vesou, le premier jus sucré, aux usines centrales de distillation et d’évaporation. Une des conduites de pétrole en Pensylvanie part de Millerstown, le centre actuel de la production de l’huile dans le comté de Butler, et va jusqu’à Pittsburg, sur une longueur de 60 kilomètres ; une autre rejoint Karns-City à Harrisville, station du chemin de fer Shenango and Alleghany : celle-ci n’a que 30 kilomètres, Quatre immenses cuves en bois découvertes, établies sous