Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/903

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de Punta-Arenas, placée au centre de la Patagonie, et que la question à vider portait sur la totalité du territoire de la Palagonie. Il invoquait à l’appui une note de son gouvernement du 27 décembre 1848, adressée h la république argentine, où il est parlé comme possession du Chili de la colonie établie l’année précédente à Magellan, du détroit et des terres adjacentes. Partant de là, et substituant le mot Patagonie à celui de Magellan, il s’occupait immédiatement de déterminer les limites de cette contrée, les portant d’abord au Rio-Diamante, puis au Rio-Negro, et enfin au Rio-Colorado par 38 degrés, territoire considéré jusque-là comme partie intégrante de la province même de Buenos-Ayres. Depuis lors le gouvernement chilien n’a cessé de travailler à édifier une théorie interprétant pour les besoins de la cause toutes les expressions employées par ses adversaires et jusqu’aux documens historiques les moins certains. C’est ainsi qu’il fait la base de son droit d’une carte dressée par Juan de La Cruz, Cano et Olmedilla en 1775, qui qualilie les territoires de la Patagonie de Chili moderne, sans remarauer que cette carte, eût-elle quelque valeur, est antérieure à la cédule royale de 1775, qui crée la vice-royauté de la Plata et détache du Chili les provinces de Cuyo, seul territoire peuplé que le Chili eût jamais possédé à l’est des Andes. Il ne s’appuie du reste sur aucun document daté de 1776 à 1810, et c’est là une lacune d’autant plus importante que l’existence historique de la Patagonie date de cette époque, qu’elle fut connue pour la première fois en 1774 par la description qu’en fit Thomas Palkner, et que, pour la première fois en 1782, une expédiiion fut tentée sur le Rio-Negro par Basilio Villarino sur l’ordre du vice-roi. L’obscurité qui enveloppait cette partie du continent était telle avant ces explorations que l’on croyait que le Rio-Negro et le Rio-Colorado, qui coulent parallèlement, traversaient tous deux le territoire de la vice-royauté et celui du Chili, et que, supprimant la haute muraille des Andes, on s’imaginait pouvoir aller par eau de Patagones, sur la côte atlantique, à Valdivia, sur le Pacifique. Le Chili ne dédaigna pas d’invoquer des documens fondés sur de semblables erreurs pour démontrer que le Rio-Negro traversait ou limitait pour le moins une possession chilienne. Que n’a-t-il plutôt jeté les yeux sur les divisions qu’une nature puissante a si vigoureusement tracées sur ce continent, comme pour assigner leurs domaines respectifs aux peuples futurs !

Quelle autre raison de division peuvent avoir en effet les peuples qui occupent ce continent, que la nécessité de se concentrer dans les limites formées par des obstacles naturels ? Déjà antérieurement à la proclamation de l’indépendance, l’Espagne l’avait compris et avait partagé ces territoires en prenant pour base la facilité de