Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/305

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ne serait-il pas mieux de supposer que ces glaciers, ou même de simples bancs de neige, se seraient naturellement fondus par une faible élévation de la température sur les flancs de la sierra, et, transformés en torrens, auraient entraîné dans les vallées des amas de roches, de cailloux roulés, qu’ils auraient déposés en chemin? N’avons-nous pas, à propos des récentes inondations du midi de la France dans le bassin pyrénéen, un exemple frappant que les choses se passent souvent ainsi?

A quelle époque a eu lieu le grand phénomène que nous étudions? Tous les savans sont d’accord pour le placer au commencement de la période quaternaire, celle où devaient apparaître l’homme, les animaux et les végétaux contemporains, dont quelques-uns avaient eu déjà des précurseurs vers la fin de la période tertiaire. Nous avons un chronomètre certain pour marquer l’heure du phénomène. Les alluvions anciennes de Californie sont recouvertes en quelques points, notamment dans les comtés de Tuolumne, de Calaveras, par des tables basaltiques. Or ces basaltes ont apparu lors de la grande éruption volcanique qui a marqué tout le long du Pacifique la fin de la période tertiaire et l’aurore de la période suivante. Ce soulèvement a donné aux côtes leur relief actuel, et jalonné, du détroit de Behring au détroit de Magellan, la grande chaîne des Andes, peut-être la plus haute et dans tous les cas la plus longue du globe et la dernière formée. Dans la région du Pacifique où nous sommes, la coulée basaltique a pris des dimensions stupéfiantes. Elle couvre la moitié du territoire de Washington et d’Idaho, empâte l’état d’Orégon, s’épanche en Californie et en Nevada, et sur tous ces points réunis couvre une superficie égale à celle de la France. Nos volcans éteints de l’Auvergne et du Vivarais feraient piètre figure à côté de cette gigantesque éruption. En Californie, le feu central est resté en communication avec le sol : on rencontre en divers comtés des geysers ou jets de vapeur, des solfatares, des dégagemens de gaz, des volcans à peine éteints; les tremblemens de terre sont fréquens, parfois terribles. Dans le Nevada, des sources bouillantes, siliceuses et alcalines se dégagent aussi des flancs de la sierra; quelques géologues de l’école neptunienne pure croient trouver dans ces sources la clé du mode de formation des filons quartzeux.

Nous voudrions donner une idée nette de l’aspect des alluvions anciennes de Californie. Le meilleur exemple que nous puissions offrir d’un dépôt analogue, si ce n’est que celui-ci est moins consistant et n’est pas aurifère, est l’ancien lit de la Seine autour de Paris. La Seine a occupé là un espace dix fois plus considérable que celui qu’elle baigne aujourd’hui. Des hauteurs de Montmartre