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d’azote, ; mais l’oxygène, l’agent principal de la double combustion qui, sous les noms de respiration et de transpiration, use et renouvelle la substance des corps vivans, l’oxygène n’entre dans le mélange que pour un cinquième. C’est sans doute le dosage qui convient à l’accomplissement des fonctions vitales. L’azote, quatre fois plus abondant, n’intervient pas directement dans les actes de la vie, mais il constitue avec l’oxygène ce manteau invisible qui pèse sur nous d’un poids moyen de 16,000 kilogrammes et comprime nos tissus pour en maintenir le ressort. Cette densité de l’oxygène et cette pression que nous rencontrons dans les couches inférieures de l’atmosphère sont des conditions essentielles de notre existence : elles circonscrivent le champ de notre activité en limitant la hauteur à laquelle il nous est permis de nous élever au-dessus de la surface terrestre, et ce n’est point impunément que l’homme tente d’allonger la chaîne qui l’attache à la glèbe natale. Une catastrophe récente qui a jeté la consternation et un douloureux émoi dans le monde savant ne l’a que trop prouvé.

Où est la limite de notre atmosphère ? jusqu’à quelle hauteur montent les dernières particules de plus en plus rares de l’air ? Cette question à la vérité n’a point encore reçu de réponse satisfaisante. Tout ce qu’on sait, c’est que la densité de l’atmosphère décroît lentement et d’une manière régulière à partir du niveau de la mer. En même temps que la densité décroît la pression, et la loi de cette diminution est connue assez exactement pour qu’il soit possible de conclure la hauteur à laquelle on s’élève de l’état du baromètre [1]. Les cimes neigeuses des montagnes de l’Asie centrale atteignent des altitudes qui approchent de 9,000 mètres ; en ballon, cette limite a été dépassée. A ces hauteurs vertigineuses, la pression n’est déjà plus que le tiers de ce qu’elle était au niveau de humer : elle n’est plus, comme on dit, que d’un tiers d’atmosphère. Vers 50 kilomètres, on trouve par le calcul que l’air doit être plus rare encore que dans le vide que produisent les meilleures machines pneumatiques ; toutefois on ne saurait dire que même à une hauteur double ou triple l’air n’existe plus. Divers phénomènes météorologiques prouvent le contraire. C’est d’abord l’aurore et le crépuscule du soir. L’atmosphère nous enveloppe comme un voile brillant où se propagent en longues traînées les rayons du soleil avant qu’il se lève et après qu’il a quitté l’horizon ; en déterminant la durée de ces lueurs crépusculaires, on acquiert la certitude qu’à 80 kilomètres les particules de l’air déjà prodigieusement raréfié ont encore le pouvoir de nous renvoyer la lumière qui fuient du soleil. Enfin les poussières cosmiques qui nous visitent sous forme de bolides paraissent s’enflammer par le frottement de l’air à des élévations de quelques centaines de kilomètres.

  1. La pression barométrique diminue d’environ un neuvième de sa valeur pour une élévation de 1 kilomètre : au niveau de la mer, elle est de 76 centimètres ; à 1,000, 2,000, 3,000, 4,000,… mètres, elle n’est plus que de 67, 60, 53, 47,… centimètres.