Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/475

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chances de conflit, grossies par les divulgations intéressées et les paniques irréfléchies.

Tout concourt à détourner, à rendre impossible ou du moins bien invraisemblable une guerre que la France ne veut pas, que l’Allemagne ne pourrait entreprendre que par un emportement d’ambition, que l’Europe réprouverait, et, s’il fallait un dernier effort pour en finir avec des alarmes exagérées, le voyage du tsar à Berlin achève de dissiper les nuages. L’empereur Alexandre n’a pu certainement que se faire l’organe des inquiétudes européennes ; il a nécessairement profité de son intimité avec la cour de Prusse, même de sa déférence affectueuse envers son oncle, l’empereur Guillaume, pour fortifier les dispositions pacifiques. Croire qu’il pouvait aller à Berlin pour se prêter à des combinaisons menaçantes, fût-ce au prix d’avantages plus spécieux que sûrs pour la Russie, c’eût été une étrange méprise. La visite de l’empereur Alexandre au moment présent, dans les circonstances que traverse l’Europe, était naturellement, forcément une visite d’intervention conciliante, et tout semble en effet aujourd’hui révéler un apaisement dont les signes commencent à paraître de toutes parts, qui a du reste été publiquement constaté ces jours derniers en plein parlement anglais par une communication ministérielle. Le sous-secrétaire d’état du foreign office, M. Bourke, en déposant la correspondance échangée entre l’Allemagne et la Belgique, a déclaré que les nouvelles arrivées de Berlin étaient de nature à dissiper toutes les appréhensions et à rassurer complètement sur le maintien de la paix de l’Europe. On remarquera que, volontairement ou involontairement, M. Bourke n’a point laissé entrevoir un doute sur les dispositions qui régnaient à Paris.

C’est peut-être pour le moment la fin de cette échauffourée de correspondances alarmantes et de paniques. Les fantômes s’évanouissent, la paix reste comme le premier des biens, comme une victoire de la raison qui ne coûte rien à personne. Si des ébranlemens de ce genre infligés à l’opinion universelle ne sont pas sans péril, si, en représentant une situation sous des couleurs imprudemment assombries, on s’est exposé à créer le mal qu’on exagérait ou qu’on supposait, cette crise de quelques jours n’est point après tout sans quelque compensation, elle peut avoir ses avantages pour tout le monde. Elle a été peut-être tout d’abord pour l’Europe une occasion de s’interroger, de chercher à se reconnaître, de se demander ce que pouvaient lui conseiller ses intérêts et sa prévoyance. La visite de l’empereur Alexandre à Berlin, visite toute naturelle et habituelle, mais marquée cette fois d’un certain caractère exceptionnel, a été sans nul doute une manifestation de cette sollicitude générale. A-t-elle été la seule expression des préoccupations des cabinets ? Nous ne nous faisons aucune illusion. L’Europe est depuis bien des années profondément désorganisée, elle a de la peine à se