Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/509

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héroïne. Ayant réussi à se procurer un passeport pour quitter l’île, elle s’y fit porter comme accompagnée d’un domestique et d’une femme de chambre, Betty Burke. Le rôle de cette dernière devait être rempli par le prince, dont les beaux cheveux bouclés et les mains délicates vinrent en aide au déguisement. Les trois fugitifs purent gagner Skilbridge dans l’île de Skye, où Flora avait une parente et une amie. Lady Margaret Mac-Donald était seule chez elle quand Flora vint lui confier son secret et lui demander aide. Le premier mouvement de lady Margaret fut l’effroi. Elle savait combien son mari était hostile à la rébellion ; mais elle se remit bien vite, et les deux femmes cachèrent le prétendant chez un membre de leur famille, lequel se chargea de le mener plus loin. Le prince reprit les habits d’homme et fit ses adieux à sa courageuse libératrice. Il regagna la terre ferme, et, se glissant entre les lignes de sentinelles qui gardaient la côte, il se cacha dans une caverne, repaire de voleurs et de contrebandiers. Aucun de ces hommes ne le trahit, malgré la somme promise pour le livrer. Au contraire ils faisaient des sorties fréquentes pour rapporter au proscrit des friandises dont ils le supposaient désireux. L’un d’eux se risqua un jour à entrer à Fort-Auguste pour acheter du pain d’épices ; un autre attaqua le domestique d’un officier, lui vola son porte manteau pour rapporter au prince du linge et des habits. Un dévoûment plus sérieux vint à son aide. Le fils d’un joaillier d’Edimbourg, Roderick Mackenzie, lui ressemblait un peu. On le prit pour le prince, on l’arrêta. Roderick savait qu’il y allait de sa vie, mais il savait aussi qu’en se faisant passer pour Charles-Edouard il lui donnait des chances de salut. Pendant qu’on le poursuivait dans les landes de Glenmorriston, la surveillance avait cessé. Roderick fut pris. Il s’écria en mourant : « Misérables, vous tuez votre prince ! »

Le véritable prince réussit à s’embarquer au mois de septembre 1746 à l’endroit même où un an auparavant il avait posé le pied sur la terre écossaise, que ni lui ni sa famille ne devaient plus jamais revoir. Flora Mac-Donald fut arrêtée et conduite à la Tour de Londres, mais elle n’y resta pas longtemps. Quand les portes de sa prison se rouvrirent, elle fut accueillie avec enthousiasme par les restes du parti jacobite, qui la combla d’honneurs et de cadeaux. Elle épousa son cousin, celui-là même qui avait aidé à sauver le prince, et son nom est resté légendaire. La persécution donna l’auréole du martyre à un parti qui aurait fait le malheur de la nation, s’il avait réussi, et la poésie a couvert de ses fleurs le souvenir de la lutte et de la défaite.