Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/559

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


missionnaires ; le véritable colon, l’agriculteur, était alors à peu près absent. Dépassant la limite atteinte par Champlain, les traitans saluaient les premiers le lac Michigan dès l’année 1620. Peu de temps après, le Canadien Nicollet, s’avançant toujours à l’ouest, parvenait même au Mississipi ; mais la chasse, le trafic des pelleteries, et non les conquêtes géographiques, étaient le but principal de ces courageux pionniers. Faisaient-ils une découverte, ils avaient intérêt à la cacher. Les soldats, cantonnés dans la ligne des forts établis contre les Indiens hostiles, devaient songer à se défendre plutôt qu’à étendre au loin le champ de leurs excursions. Il n’en était pas de même des missionnaires. D’abord étaient apparus les franciscains, puis les jésuites, arrivés au Canada en 1625, et qui sans doute cherchaient là une compensation au Japon, qu’ils venaient de perdre. En poursuivant une chose illusoire, la conversion des Indiens, ils ont contribué pour la meilleure part à l’extension des colonies de la France, et fait communiquer véritablement les possessions du Saint-Laurent avec celles du Mississipi, le Canada avec la Louisiane. Ils ont ainsi donné sans coup férir à leur pays un des plus beaux domaines d’outre-mer que jamais nation ait eus, mais que la France n’a pas su conserver.

Les premiers missionnaires jésuites dont le nom est prononcé au sujet de la découverte et de l’exploration des grands lacs sont les pères Raimbault et Jogues, qui en 1641, sous les auspices du comte de Frontenac, alors gouverneur-général de la Nouvelle-France, fondèrent la mission de Sainte-Marie, vers les rapides de ce nom. Partis de Montréal à la suite des trappeurs, ils remontèrent « la rivière des Ottawas, » et arrivèrent à la baie de Saint-George, sur le lac Huron. Là, toujours naviguant sur le canot d’écorce pagayé par les Indiens, ils parvinrent, après dix-sept jours de traversée, à un village de Chippeways, occupés à la pêche du « poisson blanc » sur les rapides. Les chefs les reçurent cordialement et les engagèrent à rester au milieu d’eux. « Vous serez pour nous des frères et nous écouterons vos discours, » leur dirent-ils. En même temps, ils leur firent comprendre qu’il y avait vers l’ouest un autre lac beaucoup plus étendu : c’est celui qu’on a plus tard appelé le Lac-Supérieur. Au-delà étaient de vastes plaines où le bison, le castor et le daim vivaient en liberté, et que parcourait la nation belliqueuse et cruelle des Dakotas, qui étaient avec les Chippeways en état d’hostilité permanente. Rentré à Québec, Raimbault y mourait en 1642, par suite des fatigues et des privations de son dernier voyage, et Jogues tentait de retourner seul à la mission qu’il avait fondée avec lui au saut de Sainte-Marie. Il voulait revoir ses chers « Sauteux, » c’est le nom qu’ils avaient donné aux Indiens établis auprès de ces rapides. Au lieu de suivre les sentiers connus, Jogues prit la route