Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/586

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des époques irrégulières, des exhaussemens et des abaissemens restés jusqu’ici sans explication. Il n’y a pas de marées périodiques ; il y a par momens des raz de marée, c’est-à-dire que le flot envahit tout à coup le rivage par un ou deux bonds, puis se retire, pour recommencer quelquefois, et c’est tout. Cet étrange phénomène. a lieu aussi dans les mers tropicales, où il est très fréquent, par exemple sur les côtes des îles Maurice et de la Réunion, dans l’Océan indien. Là, on a essayé de s’en rendre compte en imaginant des éruptions volcaniques sous-marines. Ceci nous semble, surtout pour le cas des raz de marée du Lac-Supérieur, n’être pas une explication acceptable, car personne n’a reconnu ces volcans.

Partis le matin de Calumet de très bonne heure, nous n’arrivâmes que sur le tard. Après Copper-Falls vient la rade pittoresque d’Eagle-Harbor. Sur le lac, par les temps clairs, on devine l’île Royale, dont se profile à l’horizon la silhouette indécise ; elle apparaît comme un mirage. A notre droite se dresse le mont Houghton ; il rappelle le nom de l’infortuné géologue qui, le premier, en mesura et gravit la cime. L’air est d’un calme, d’une transparence infinie, la température très douce quand on grille à l’ombre à New-York ou à Boston. Bien peu d’endroits défrichés ; le blé vient mal, le sarrasin, le seigle, l’avoine, donnent seuls quelque pauvre récolte ; la pomme de terre pousse à souhait. Les défrichemens peuvent aussi se cultiver utilement en prairies.

Nous recoupons, sous les sombres conifères, de petits ruisseaux qui gazouillent à l’ombre et courent sur les galets et la roche polie, où pend un flocon de mousse verte. Une personne charitable a laissé en cet endroit un seau et un vase de fer-blanc ; chacun peut se désaltérer à l’aise : notre cheval s’abreuve avec délices. Il connaît bien le lieu, il aurait refusé d’aller plus avant, si l’on ne se fût pas arrêté. La forêt est silencieuse, et l’on n’y entend chanter ni le rossignol, ni la fauvette, ni même la cigale ou le grillon. Aucun papillon, aucune libellule aux ailes diaprées n’égaie de ses vives couleurs le paysage autour de nous, où d’ailleurs arrivent à peine les rayons du soleil ; le calme de la nature est complet. Un peu plus loin apparaissent des puits de mine abandonnés, des maisons d’exploitation, des villages d’ouvriers veufs d’habitans. Tout le monde est parti, et rien n’est désolant comme ces ruines, si jeunes en ce morne désert. Les portes sont ouvertes ou absentes, les vitres manquent aux fenêtres, les mauvaises herbes ont envahi le jardin. Il semble que par une de ces ouvertures une tête humaine va paraître, ou au moins quelque animal familier. Il n’en est rien, et ces tristes lieux ne racontent que la désespérance et la fuite. C’est là l’éternelle histoire dans les mines américaines. Les placers de Californie, surtout aux premiers temps de l’exploitation de l’or, ont vu se dérouler bien