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énorme bloc métallique, que les mineurs de ces temps inconnus avaient essayé de soulever, et dont, de guerre lasse, ils avaient détaché des morceaux, sans doute avec le couteau ou la hache de silex. Sur quelques points, la roche pierreuse semblait avoir été attaquée par le feu pour être rendue plus friable. Ce procédé, dont les anciens ont fait usage en d’autres contrées, est encore employé dans quelques mines d’Allemagne. Avec les blocs de cuivre natif, les exploitans aborigènes fabriquaient des haches, des pointes de lance, des couteaux, des poinçons, qu’on a çà et là retrouvés. A Houghton, nous avons vu aux mains d’un vénérable pionnier de la presqu’île de Keweenaw une série de ces instrumens récemment déterrés près du Portage, et qui feraient envie à bien des musées, tant ils sont d’une conservation intacte, d’une forme élégante, et tant est belle la patine qui les recouvre.

Dans la plupart des anciennes excavations, on a mis à jour quantité de marteaux de pierre, ronds ou ovales, avec une rainure au milieu pour l’emmanchement. En un endroit, les mineurs avaient mis leurs marteaux en tas avec ordre, et l’on en trouva tant qu’on en chargea une charrette. Quand on dispose ainsi ses outils, c’est avec une idée de retour. Pourquoi ces ouvriers n’avaient-ils plus reparu ? Tout semble faire croire que c’étaient des émigrans partis du sud, qu’ils ne travaillaient que l’été, pendant la bonne saison, et s’en allaient l’hiver aux premiers froids. Qu’auraient-ils fait, que seraient-ils devenus, quand 3 pieds de neige couvraient le sol pendant des mois entiers ? Dans les tumulus funéraires du Missouri, de l’Illinois, de l’Ohio, on retrouve des haches, des couteaux de cuivre, provenant précisément des exploitations du Lac-Supérieur. Qui a édifié ces tumulus ? Nul ne le sait. Qui a exploité les mines du lac ? On l’ignore également ; mais c’est évidemment la même race qui apparaît ici et là, et dans les deux cas elle est différente des Indiens actuels, qui ne bâtissent pas de tumulus et n’ont jamais exploité de mines. Là-dessus, les récits des missionnaires du XVIIe siècle ne laissent pas de doutes. Aucune tradition, aucune légende sur les anciennes exploitations de cuivre chez tous les Indiens des lacs. C’est au plus si quelques-uns portent par hasard une amulette de ce métal ; ils n’osent pas même toucher à un gros bloc de cuivre natif qui apparaît sur la rive méridionale du Lac-Supérieur. Ils prétendent que c’est le Grand-Esprit, le manitou des eaux, et que le sacrilège qui voudra y porter la main mourra. Quand les missionnaires arrivèrent, il y avait d’ailleurs plusieurs siècles que les exploitations étaient abandonnées ; nous venons d’en donner la preuve. La date et les véritables auteurs de ces exploitations, voilà les données d’un problème de plus à poser