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L'EMPIRE DES TSARS
ET LES RUSSES

X.
LES SECTES EXCENTRIQUES. — LES MYSTIQUES ET LES PROTESTANS INDIGENES.[1]

On s’étonnera peut-être de nous voir encore réclamer l’attention pour d’ignorantes et rustiques hérésies. Ce n’est pas qu’à ces sectes illettrées nous voulions attribuer une importance ou un avenir sans proportion avec leur valeur morale ou leur force numérique. Si nous insistons sur cette face obscure de la vie nationale, c’est qu’à nos yeux c’est le côté par lequel le Russe du peuple, si différent du Russe que connaît l’Occident, se laisse le plus facilement saisir et représenter. On a dit de la Russie que ce n’était qu’une façade, une construction extérieure, et on n’en regarde guère en effet que le frontispice européen. C’est presque toujours par le dehors, par les institutions et les lois, par la haute société, c’est-à-dire par le dessus, par la superficie, qu’on envisage l’empire du nord. Nous avons préféré suivre une marche inverse ; c’est par le dedans, par le fond et en quelque sorte par le dessous que nous voulons d’abord prendre le peuple russe. L’étude et l’intelligence des institutions n’en seront ensuite que plus aisées.

En dehors du schisme, du raskol proprement dit, en dehors des vieux-croyants popovtsy ou bezpopovtsy, il est en Russie des sectes d’une autre origine, d’un autre esprit, qui montrent le caractère populaire sous une face nouvelle, des sectes multiformes, qui, tout

  1. Voyez la Revue des 15 août, 15 septembre, 15 octobre 1873, 15 janvier, 1er mars, 1er mai, 15 juin, 1er novembre 1874, et 1er mai 1875.