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démembrement d’un schisme en sectes et en schismes nouveaux, il ne faut pas se laisser abuser par les mots ou par l’apparence. Il en est du raskol comme du protestantisme, toutes ces sectes, toutes ces dénominations, selon l’heureuse expression des Anglais, ne constituent point toujours des confessions, des cultes différens : souvent ce sont moins des églises que des partis, des écoles dans le schisme. A cet égard, le terme de sectes, dont nous devons nous servir, est parfois fort impropre. Au lieu de l’idée de séparation, les mots russes d’ordinaire employés pour désigner les différens groupes de dissidens, soglasié, soslovié, impliquent l’idée de réunion tout comme les termes de société, de communauté, obstchestvo, obstchina, qu’on leur substitue souvent et qui souvent peuvent être pris à la lettre. Il n’est pas rare en effet que les raskolniks forment entre eux une sorte d’artèle spirituelle ou de ligue religieuse ayant ses chefs propres, son centre de réunion, ses statuts ou ses coutumes.


III

Des deux grandes branches du schisme, la popovstchine est celle dont la constitution en église était le plus facile. Le maintien du sacerdoce, en retenant les vieux-croyans hiérarchiques dans l’enceinte dogmatique de l’orthodoxie, rendait chez eux les sectes plus rares et l’unité plus aisée. Pour les popovtsy, les conditions de l’admission des popes sont la principale, presque l’unique occasion du dissentiment et du schisme intérieur. Sans évêque pour leur consacrer des prêtres, les vieux-croyans étaient dans la situation où se seraient récemment trouvés les vieux-catholiques de Suisse et d’Allemagne sans le secours de la petite église d’Utrecht. Tout leur clergé était nécessairement composé de transfuges de l’église officielle, ce qui valut à la secte l’injurieux sobriquet de béglopopovstchine ou communauté des prêtres en fuite. Avant de les admettre comme pasteurs, les vieux-croyans obligent les popes orthodoxes à une humiliante abjuration, ils leur font subir une sorte de purification ou de pénitence. Dans les premiers temps, on les rebaptisait à leur entrée dans le schisme, et, de peur de leur enlever les pouvoirs de l’ordination en les dépouillant des insignes du sacerdoce, certaines communautés les plongeaient dans l’eau avec leurs vêtemens sacerdotaux. Quelque condition qu’ils mettent à la réception de leurs popes, les vieux-croyans ne sauraient avoir grand respect pour ces prêtres, d’ordinaire chassés de l’église orthodoxe pour leurs vices ou attirés au schisme par la cupidité. Le plus souvent les dissidens rétribuaient grassement leur clergé et le tenaient en peu d’estime. Chez ces vieux-croyans, le prêtre est devenu une sorte d’employé mercenaire auquel on fait célébrer le culte divin