Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/666

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nous venons de parler. On doit être moins surpris du résultat négatif des quêtes, souscriptions et loteries. Si ce produit est absolument nul dans les deux tiers des bureaux, cela tient évidemment aux mœurs de nos populations rurales. Le paysan donne, il faut le dire, le moins qu’il peut. Quand il fait des libéralités, ce n’est pas en argent, c’est en nature. Puis il est permis de croire que les membres du bureau de bienfaisance font peu d’efforts pour stimuler la générosité des habitans.

Il est intéressant de suivre le mouvement des bureaux de bienfaisance. Les travaux de M. de Gasparin et de M. de Watteville, les statistiques qu’ils ont laissées, nous en fournissent les moyens. Nous voyons qu’en 1833 on comptait 6,275 bureaux secourant 695,932 indigens avec des ressources s’élevant à 10,315,746 francs. En 1847, le nombre des bureaux s’est déjà élevé à 9,336 ; ils arrivent à soulager 1,329,659 habitans, avec des ressources montant à 17,381,257 fr. Ainsi en quatorze ans le progrès est remarquable, et, ce qui n’est pas moins à noter que l’extension des bureaux et des secours, c’est le développement marqué de la charité privée, qui s’élève de 4 millions à 11 millions. De 1847 à 1871, le mouvement est plus lent. En vingt-quatre années, le nombre des bureaux n’augmente que de 4,030. Le nombre des indigens secourus, qui avait doublé dans une période beaucoup plus courte, ne s’accroît plus que du quart (1,608,129). Enfin, si les rentes sur l’état et les revenus des immeubles appartenant aux bureaux s’élèvent très sensiblement, le chapitre des dons volontaires, au lieu de tripler comme il l’avait fait de 1833 à 1847, ne s’augmente guère que d’un tiers.

Quelle est au juste la portée, de cet événement ? Faut-il y voir un ralentissement de la charité ou une diminution de la misère ? Si l’on se réfère au remarquable rapport où l’inspection générale des établissemens de bienfaisance a résumé les résultats de son enquête et formulé en quelque sorte l’enseignement qu’on doit en tirer, l’accroissement peu marqué des bureaux de bienfaisance dans ces vingt-quatre dernières années ne serait pas un symptôme défavorable. Il s’expliquerait surtout par la prospérité matérielle du pays, l’augmentation des salaires, l’absence de disettes due aux nouvelles lois économiques, par l’existence de nombreuses commissions charitables, par la marche croissante des sociétés de secours mutuels [1], par l’émigration des ouvriers vers les villes dotées pour la plupart d’une large assistance publique, enfin par les efforts de la charité privée

  1. Les sociétés de secours mutuels, qui possédaient en 1871 55,572,244 francs de ressources, avaient accordé pendant cette année des indemnités à 123,076 malades, payé 3,417,958 journées de maladie, dépensé 1,868,845 francs da médicamens et payé à 3,927 sociétaires des pensions viagères s’élevant à 258,219 francs en arrérages.