Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/807

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L'UKRAINE
ET
SES CHANSONS HISTORIQUES

I. Antonovitch et Dragomanof, Istoritcheskia piesni malorousskago naroda, Kief 1874. — II. Routchenko, Tchoumatskia narodnia piesni, Kief 1874. — III. Roussof et Lissenko, Kobzar Oslap Veresaï, Kief 1874. — IV. Zapiski iougo-zapadnago otdiela imp. roussk. geogr. obchtehestva, Kief 1874. — V. Tchoubinski, Troudy etlmograf.-statistitcheskoï expeditii v iougo-rouskii kraï, Saint-Pétersbourg 1874. — VI. Koulich, Istoria vozsoédinenia Roussi, Saint-Pétersbourg 1874. — VII. Koulich, Zapiski o ioujnoï Roussi, Saint-Pétersbourg 1856-57. — VIII. Drevnaïa i novaïa Rossia, Saint-Pétersbourg, avril 1875.


I.

La première fois que j’eus occasion de faire connaissance avec la poésie populaire de l’Ukraine, c’est en août dernier. Parmi les Russes et les étrangers venus au congrès archéologique de Kief, beaucoup étaient curieux de voir un de ces kobzars, chanteurs ambulans dont la mémoire est un vaste répertoire d’anciennes ballades, et dont le type tend chaque jour à disparaître. La Société géographique s’était mise en rapport avec un de ces artistes, et par une belle soirée d’été on se réunit pour l’entendre dans un bosquet des jardins de l’université. Le chanteur, comme la plupart de ses confrères, est aveugle. Son costume est celui des paysans : un large pantalon petit-russien qui plonge dans de lourdes bottes de cuir, un bonnet de peau de mouton, une svita ou souquenille de laine grossière, dont la couleur est à peu près celle de la poussière des routes. On le fit asseoir sur une escabelle, et les auditeurs formèrent autour de lui un cercle qui devenait à chaque instant plus