Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 15.djvu/85

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les directions, elles volent à la recherche des individus qui folâtrent sans souci du prochain changement de température. N’est-il pas clair que les gentils oiseaux savent se dire : C’est l’instant du départ ?

Peut-être composé à l’aide d’inflexions de la voix, le langage des animaux ne traduit sans doute que des impressions et des idées fort simples. Faute de le comprendre, il demeure pourtant impossible d’en apprécier soit l’étendue, soit le véritable caractère. Des personnes se montrent habiles à contrefaire les cris, le sifflement, le chant des oiseaux ; avec une surprenante exactitude, elles reproduisent les sons, mais c’est un pur ramage. Plus habiles encore à imiter la voix humaine, des oiseaux captifs acquièrent la parole, et c’est en manière d’amusement que mille fois ils disent les mots dont ils doivent toujours ignorer le sens ; — bien rares en effet sont les circonstances où l’on croit reconnaître dans la phrase lancée par l’habitant d’une cage l’expression d’un désir. L’homme et le chien, unis par la plus étroite amitié, ne parviennent à s’entendre qu’au moyen d’une sorte de pantomime. Le chien finit par comprendre quelques mots de son maître, l’homme quelques jappemens de son fidèle ami ; c’est le plus beau résultat d’une longue association. Il semble que, par une volonté suprême, un obstacle insurmontable se trouve mis à toute communication intime entre les hommes et les bêtes.

Vraisemblablement les animaux dont l’organisation se rapproche le plus de celle de l’homme manquent à la fois de la faculté de produire un ensemble de sons articulés et de l’intelligence qui permet d’attacher à des mots un sens strictement déterminé. Jamais singe n’apprit à parler. A l’époque actuelle, de l’étude comparative des particularités de l’organisme et des conditions de la vie des êtres animés, une lumière a jailli. De nos jours, on peut dire avec assurance. : la créature pourvue d’un instrument ou d’un organe soumis à la volonté, naît avec l’instinct défaire usage de l’organe ou de l’instrument dont elle dispose ; conduite par l’intelligence, elle en fera un emploi plus ou moins heureux. De même que chez les individus, les organes ne présentent pas une conformation également parfaite, l’intelligence se manifeste en telle ou telle rencontre d’une manière assez terne ou d’une façon éclatante. Aussi voit-on pareil instrument rendre un office étonnamment variable. Les dons naturels et l’exercice que dirige un esprit délicat et observateur procurent d’immenses avantages. Tous les hommes ont un appareil vocal ; pour la parole ou pour le chant, ils s’en servent la plupart avec un succès qui suffit aux exigences ordinaires ; de rares privilégiés réussissent à en tirer de merveilleux effets.