Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 17.djvu/129

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fut nommé président. L’union ne dura pas longtemps ou ne fut pas entière, car dès le mois d’août, « L’Association générale des ouvriers allemands » tint une réunion, séparée à Hambourg.

Le congrès de Gotha avait adopté un programme qui résume assez nettement les aspirations du socialisme allemand. En voici les articles : « Le travail est la source ; de toute richesse et de toute civilisation. Comme le travail général productif n’est rendu possible que par la société, le produit total du travail appartient à la société, c’est-à-dire à tous ses membres, au même droit, et à chacun suivant ses besoins raisonnables, tous étant tenus de travailler. Dans la société actuelle, les instrumens du travail sont le monopole de la classe capitaliste ; la dépendance qui en résulte pour la classe ouvrière est la source de la misère et de la servitude sous toutes ses formes. L’émancipation du travail exige que les instrumens du travail deviennent la propriété collective de la société, avec réglementation sociétaire de tous les travaux, emploi pour l’utilité commune et juste répartition des produits du travail, L’émancipation du travail doit être l’œuvre de la classe ouvrière, vis-à-vis de laquelle les autres classes ne sont que des masses réactionnaires. Partant de ces principes, le parti ouvrier socialiste allemand se propose pour but d’arriver par tous les moyens légaux à fonder l’état libre et la société socialiste, à anéantir la loi d’airain du salaire en supprimant le salariat, à mettre fin à l’exploitation sous toutes ses formes et à abolir toutes les inégalités politiques et sociales. Le parti socialiste allemand agit d’abord dans le cadre de la nationalité, mais il reconnaît le caractère international du mouvement ouvrier, et il est résolu à remplir tous les devoirs que cette solidarité impose aux ouvriers pour réaliser la fraternité de tous les hommes. »

Ce programme est à peu près le même que celui formulé en France, en 1848, sous l’empire des idées de M. Louis Blanc, par le groupe socialiste qui tenta d’appliquer ces idées dans les ateliers du Luxembourg. On y retrouve même la fameuse formule : à chacun suivant ses besoins, quoique l’expérience faite en France au sein des associations les mieux préparées pour la faire réussir ait démontré jusqu’à l’évidence qu’elle semait la méfiance et la discorde là où l’on voulait établir le règne de l’harmonie et de la fraternité. Je ne discuterai pas en ce moment ce programme, je me contente d’exposer les faits. Le parti socialiste allemand ne se borne pas à formuler des principes généraux ; comme il a pris pied sur le terrain de la politique actuelle et qu’il envoie ses représentans au parlement, il tient à faire connaître les moyens d’arriver à la réalisation des réformes qu’il poursuis Voici ceux qu’il indique : « Le parti ouvrier socialiste d’Allemagne demande pour préparer la solution de la