Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 18.djvu/409

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de l’Italie dans l’indépendance de sa nationalité et de ses pouvoirs par la disparition définitive de l’étranger, c’est-à-dire de la domination ou de la prépotence autrichienne; le reste, il le subordonnait sans difficulté aux circonstances, aux nécessités du temps, à l’occasion, ne refusant jamais un avantage, fût-il partiel et modeste, quand la fortune le lui offrait, comme aussi ne reculant jamais devant des perspectives plus étendues quand l’horizon s’ouvrait devant lui.

Aux « beaux jours » de Plombières, ses calculs ne dépassaient pas le royaume de la Haute-Italie, et il ne repoussait point dans son esprit l’idée d’une confédération où il eût naturellement gardé l’ascendant de « onze millions d’Italiens » agglomérés sous le drapeau de Savoie. Un instant, au lendemain de Villafranca, avant de se tourner vers l’Italie centrale et de se décider à l’annexion, il se serait contenté, faute de mieux, d’une semi-indépendance de la Toscane, pourvu qu’il n’y eût plus de princes lorrains à Florence. Même après les annexions, il aurait encore accepté de ne pas aller plus loin pour le moment, de se consacrer pour quelques années à l’organisation et à l’affermissement du royaume qui sortait à peine de six mois de négociations laborieuses. La question de l’unité n’éclatait réellement, impérieusement que ce jour du 5 mai 1860, où, pendant que le parlement de Turin discutait sur la cession de la Savoie et de Nice, Garibaldi, suivi de ses compagnons, les « Mille, » quittait la villa de Quarto, près de Gênes, pour s’en aller à travers la Méditerranée, avec le dessein d’enlever la Sicile, Naples, peut-être plus encore, au cri retentissant : Italie et Victor-Emmanuel ! C’était, si l’on veut, une conséquence de plus de Villafranca, une fatalité de la situation., une extension nouvelle du mouvement national qui avait déjà absorbé Florence et Bologne; mais c’était assurément aussi une étrange complication, une crise bien autrement grave que toutes celles qu’on venait de traverser. Jusque-là en effet, tout avait pu s’accomplir sans combat, par une sorte de victoire pacifique et coordonnée du droit national. La Toscane n’avait pas été conquise, elle s’était donnée librement. La Romagne était considérée par la France elle-même comme désormais détachée du saint-siège. Ces provinces appartenaient par le fait au système territorial de la Haute-Italie, et l’annexion jusqu’à la Cattolica n’avait rien qui ne fût dans la nature des choses. Au-delà, au midi, ce n’était plus qu’un inconnu plein de hasards et de périls. L’unification ne pouvait se poursuivre que par la révolution ou par la guerre. Elle touchait à l’indépendance d’un royaume qui avait des amis en Europe, à une autre partie des états de l’église, à cette question romaine qui remuait le monde catholique, à la sûreté de l’Autriche,