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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 décembre 1876.

Depuis quelques jours, il y avait une sorte de fantôme errant de Versailles à Paris ou de Paris à Versailles. Dans le palais du grand roi, entre les deux ailes du château occupées par la chambre des députés et par le sénat, il passait comme une ombre mystérieuse et irritante, allant de la commission du budget d’une assemblée à la commission du budget de l’autre assemblée, excitant une certaine curiosité inquiète. Il s’appelait le conflit, — le conflit des pouvoirs, le conflit des deux chambres ! Il prenait par instans la vague apparence d’une chose redoutable, et les gens de bonne volonté, sensés et positifs, qui n’aiment ni les spectres importuns ni les fantasmagories inutiles, se disaient avec ennui : Que nous veut-on encore ? La crise ministérielle du commencement du mois est à peine finie, et heureusement finie ; le cabinet s’est reconstitué dans les meilleures conditions possibles. Tout s’est bien passé, il n’y a aucun danger imminent. Où donc est maintenant la nécessité d’une crise parlementaire que rien de sérieux ne justifie, à laquelle personne ne s’intéresse ? Est-ce qu’on ne va pas nous laisser la paix des derniers jours de cette année qui s’achève et des premiers jours de l’année qui va s’ouvrir ? Qu’on respecte au moins cette trêve où tout le monde aspire à se reposer et à oublier la politique ! — Le fantôme cependant continuait à errer, jusqu’au moment où il a été saisi, condamné à se montrer ou à se fixer, — et il s’est évanoui dans une discussion serrée, rapide, entre M. Gambetta, l’avocat du conflit, et le nouveau président du conseil, M. Jules Simon, défendant la paix parlementaire. C’est l’histoire de beaucoup de fantômes et de spectres qui ne résistent pas à lumière, qui s’évanouissent devant la réalité simple et vraie !

De quoi s’agissait-il en définitive ? Il y a déjà huit mois, dès la réunion des assemblées nouvelles élues sous l’empire de la constitution