Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/240

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s’est trop laissé dominer par les passions du parti républicain, dont il était l’élu, qu’il a mis au service de ce parti les influences de l’état, les fonctions publiques, les armes fédérales dans les affaires du sud, et c’est là une cause des erreurs, des abus de toute sorte, même des abus de pouvoir militaire reprochés à son administration. Ces erreurs n’ont pas peu contribué à compromettre le parti républicain, à provoquer une réaction au profit des démocrates, qui ont retrouvé une majorité dans une des chambres du congrès, et à préparer cette crise étrange de la nouvelle élection présidentielle.

Quel sera définitivement le successeur du général Grant ? C’est là justement la question qui s’agite depuis six mois, depuis le jour où les « conventions » des partis ont désigné leurs candidats. La lutte est engagée entre M. Tilden, le candidat des démocrates, et M. Hayes, soutenu par les républicains, plus ou moins appuyé par l’administration ; elle a déjà passé par toutes les péripéties, d’autant plus qu’elle s’est confondue avec les élections des législatures locales et des gouverneurs dans les états. Il y a eu d’abord la période des manifestations, des exhibitions, des propagandes violentes, en un mot de l’agitation électorale avec tous ses déchaînemens monstrueux ou bizarres. Ce n’était encore que le préliminaire du premier scrutin ouvert dans tous les états pour la nomination des délégués chargés d’élire le président. Ce scrutin lui-même a été ouvert il y a plus d’un mois, les délégués ont été nommés. C’est d’habitude l’étape décisive de la crise électorale présidentielle, puisque l’opinion de ces électeurs du second degré est connue d’avance, et cette fois comme toujours on aurait pu croire que la question était tranchée. Elle n’a fait au contraire que s’obscurcir plus que jamais, en se compliquant de toute sorte d’incidens qui révèlent la situation morale et politique des États-Unis.

La lutte n’est que déplacée, elle n’est pas finie, et même elle se poursuit dans des conditions si étranges qu’on ne peut plus savoir quel en sera le dénoûment. Les partis peuvent sans doute dénombrer leurs forces, les suffrages sur lesquels ils peuvent compter. Pour le moment, la situation se résume en quelques chiffres. M. Tilden aurait 184 voix et il ne lui en manquerait qu’une pour atteindre la majorité légale qui le ferait président des États-Unis. M. Hayes, de son côté, n’a pu arriver encore qu’à 164 voix. La chance la plus favorable semblerait être pour le premier ; mais tous les suffrages ne sont pas encore comptés, un certain nombre restant l’objet de disputes acharnées. Il y a contestation partielle dans deux états, Orégon et Vermont, contestation complète, violente, sur les résultats du vote dans la Caroline du sud, la Louisiane et la Floride. Ces trois derniers états ont 19 voix, les deux autres n’ont que 2 suffrages contestés. Pour que le candidat républicain, M. Hayes, regagne le terrain et l’emporte définitivement, il faut qu’il ait à tout prix ces 21 suffrages contestés, qui peuvent lui assurer une voix de plus qu’à