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REVUE. — CHRONIQUE.

ou la réforme de ses provinces par autorité de justice européenne. La diplomatie n’a pas tenu dans ses calculs un compte suffisant des susceptibilités d’un empire qui a eu récemment des succès militaires, qui tient nécessairement à son indépendance, et en croyant travailler à la paix, elle n’a fait que déplacer la difficulté. Qu’est-il arrivé en effet? La Turquie n’a pas cédé aussi facilement qu’on le croyait, elle a eu, elle aussi, son programme, qu’elle a opposé au programme européen. Un instant tout a semblé remis en question, il a fallu renouer le fil de ces négociations, et comme si cela ne suffisait pas, comme s’il y avait une fatalité ironique conspirant en secret contre la paix, l’Allemagne aurait pris récemment, dit-on, une attitude plus impérieuse et plus menaçante vis-à-vis de la Turquie. Ce serait assurément une complication nouvelle et non la moins grave, ni même la moins significative. C’est une péripétie de plus dans cet imbroglio où se débat la diplomatie et d’où elle ne sera pas impuissante, il faut le croire encore, à faire sortir la paix désirée par l’Europe.

Et maintenant nous n’ajouterons plus qu’un mot à l’adieu attristé que nous devions à celui qui fut si longtemps le directeur de la Revue des Deux Mondes. Pendant que M. F. Buloz passait les derniers mois de sa vie dans les souffrances, la Revue continuait ses travaux, toujours fidèle à elle-même. Après la perte douloureuse qu’elle vient de faire, elle reste ce qu’elle était, prête à redoubler d’efforts dans les mêmes conditions, sans dévier de la ligne qu’elle n’a cessé de suivre, des traditions dont elle se fait honneur, et de l’esprit dont elle s’est toujours inspirée.


CH. DE MAZADE.



ESSAIS ET NOTICES.

La Nation armée, par M. le général de Wimpffen, 1 vol. in-18, Dentu.


Nous avons maintenant des lois militaires qui doivent assurer à la France un nombre considérable de soldats, le jour où elles seront exécutées, car il s’en faut de beaucoup que le gouvernement ait jusqu’ici exigé du pays ce qu’il s’est lui-même imposé ; mais la nouvelle législation a voulu obtenir trop vite une armée et elle n’a pas introduit dès l’enfance les mœurs militaires. Du moment que l’on établissait de nouvelles institutions pour remplacer ce qui existait auparavant, il fallait faire remonter les réformes jusqu’à la première éducation et obliger le maître d’école à remplir les fonctions de sergent instructeur. Ces réformes-là ne s’obtiennent pas en recommandant tels ou tels exercices, il faut un règlement spécial fait par des officiers, imposé aux maîtres d’école, pour forcer tout le monde à se livrer aux manœuvres militaires.