Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/49

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LA BARONNE AMALTI I. On dansait au château de Maravieux, en Touraine, chez la prin- cesse de Laurières, à l'occasion du mariage de l'aînée de ses petites- filles, Rt^gine de Châteaufort, avec le marquis Antoine de Sa;int- Alvère, futur héritier du titre et des biens du duc de Fonlenailles, son aïeul. En même temps que ses dix-sept ans et une fortune' royale, la fiancée apportait en dot à son époux un cœur candide, une imagination chaste, ainsi qu'une éclatante beauté blonde, d'un caractère séraphique, égale à la beauté proverbiale des feimnes de sa maison, où, par un privilège rare, semble se transmettre, intacte et jamais altérée, une' pureté de traits qui fait d'elles des types exquis de vierges et de saintes. On disait que, mieux douée que sa mère, elle joignait l'esprit à la beauté, un esprit morda6nt et fin, comme celui de la vieille princesse. On le disait; mais en réalité on en était réduit aux conjectures, car, sortie du couvent depuis six mois à peine, Régine ne s'était pas encore laissé connaître, ni révélée. Le marquis de Saint-Alvère avait trente ans, une aimable figure, les grands airs d'un gentilhomme, la bonne grâce et la belle hu- meur qui dénotent un heureux caractère. Ne sachant rien de lui, ni de son passé, ni de son âme, n'ayant pas eu le temps de l'aimer, n'osant encore se croire aimée, Régine s'était contentée de ces qualités de surface, avec l'espoir qu'elles suffiraient à devenir les assises d'un bonheur durable; Son mariage devait être célébré le surlendemain. Ge soir-là, on signait le contrat. La princesse de Laurières et sa fille, veuve du duc de Châteaufort et mère de Régine, avaient convié aux noces les nombreux alliés des deux familles et leurs amis, Soixante personnes étaient logées au château