Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 23.djvu/139

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chercher où est l’état, se mettre absolument sous sa tutelle, lui demander appui et argent. Il faut déployer un peu plus de cet esprit d’initiative dont les Anglo-Saxons et les Américains nous donnent si brillamment et tous les jours l’exemple. Il faut surtout s’accoutumer à mener ses affaires soi-même, et savoir avancer à propos un capital qui produira de gros intérêts pour tous. A ce propos, le creusement du bassin à flot de Bacalan mérite d’être porté à l’actif de la chambre de commerce de Bordeaux, tout en reconnaissant qu’il fait le plus grand honneur à l’habile ingénieur qui l’a conçu et le mène à bien.

De Bordeaux à Cette, la communication intérieure existe hydrauliquement et par le rail ; mais le canal latéral à la Garonne, qui relie Toulouse à Castets et de là à Bordeaux, et le canal du Languedoc, qui fait communiquer Toulouse avec Cette, et de là avec le Rhône par le canal des Étangs et celui d’Aigues-Mortes à Beaucaire, le canal latéral et celui du Languedoc sont aux mains de la Compagnie du chemin de fer du Midi. Ainsi dominé, le canal n’est plus le correcteur naturel du railway, le modérateur normal de ses tarifs, comme il devait l’être ; c’est la voie lige dont on peut arrêter à volonté le trafic. Arrêter ce trafic, c’est léser la nation, car, si le canal peut transporter à moitié prix du chemin de fer, il peut par conséquent porter la marchandise deux fois plus loin pour le même prix que le rail. Que dire encore des autres rivières, la Dordogne, le Lot, que l’état laisse dans un déplorable abandon ? Que dire de tous ces canaux qu’on pourrait ouvrir dans les Landes, au pied des Pyrénées, et dont M. Krantz, dans ses rapports à l’assemblée nationale en 1873 et 1874, traçait un si remarquable projet ? En donnant la vie à toutes ces régions, ces canaux seraient encore profitables à la place de Bordeaux, vers laquelle ils amèneraient un surcroît de fret ; mais l’état semble ignorer l’existence de ces projets, ou du moins s’en préoccupe fort peu.

La canalisation du Lot, de la Dordogne, est une de ces grandes questions qu’il faudrait reprendre des premières. Nous avons, dans l’Aveyron, un des plus riches bassins houillers de la France, une véritable montagne de charbon, d’où l’on peut extraire annuellement un million de tonnes. Nous y avons aussi des forges, qui sont parmi les plus importantes : celles d’Aubin, de Decazeville, dont il suffit de citer le nom. Que le Lot, dont on s’occupe d’aménager les eaux depuis le XIIIe siècle, soit enfin entièrement approfondi, canalisé, car pour cela il ne reste que quelques travaux à finir, avec une dépense qui n’excédera pas 2 millions ; alors le charbon et le fer de Decazeville pourront aller utilement jusqu’à Bordeaux, non-seulement pour y faire concurrence aux houilles et aux fontes