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GEORGE SAND

II.[1]
SES PREMIERS ROMANS. — L’AMOUR ET LA PHILOSOPHIE.

George Sand ! nom sonore et poétique que toute une génération a répété avec ivresse, comme celui d’un souverain populaire, et sous lequel a été exercée pendant près d’un demi-siècle une royauté intellectuelle dont jamais femme n’eut le partage. Ceux-là en effet qui ont le goût des comparaisons littéraires peuvent trouver à Mme de Sévigné plus de grâce et d’esprit, à Mme de Staël plus de force et de profondeur ; mais ni Mme de Sévigné ni même Mme de Staël n’ont exercé de leur vivant un empire aussi étendu. Ni l’une ni l’autre n’ont vu leurs œuvres passer des salons aux ateliers, des ateliers aux salons, et n’ont parlé un langage toujours compris aussi bien aux passions des hommes qu’au cœur des femmes et à l’imagination des enfans. Cet immense empire qui assurera l’immortalité plutôt à son nom qu’à ses œuvres, George Sand l’a exercé avec le plus fragile des instrumens de règne, le roman ; le sceptre qu’elle a tenu est celui qui se brise le plus souvent entre les mains qui le manient avec le plus d’autorité. Aussi la nature et la durée de cette domination ne se peuvent expliquer qu’en examinant l’œuvre de George Sand dans toutes ses parties, sous toutes ses faces, et en tenant compte aussi bien des circonstances où ses premiers romans ont vu le jour que des sujets qu’elle a traités. Lorsque parut Indiana, on vivait en quelque sorte dans l’attente d’un génie nouveau qui, au roman d’aventures ou au roman historique, vînt substituer le

  1. Voyez la Revue du 15 février.