Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 32.djvu/16

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cathédrale où nous avons introduit le lecteur. C’est là qu’on procédait à l’élection pontificale. — Alors comme aujourd’hui, les prélats des plus lointaines églises de Morée, d’Asie, de Mésopotamie, déployaient une activité infatigable pour se rendre à ces élections, renouvelées pourtant à de si fréquens intervalles. De toutes ces felouques marchandes des ports du Levant, qui s’assemblent chaque nuit aux Sept-Tours, et que la brise du matin pousse dans le Bosphore, on voyait descendre, aux échelles de la Corne-d’Or, les évêques de la Thrace et de l’Anatolie, les patriarches de Jérusalem, d’Antioche, d’Alexandrie. Ces vénérables voyageurs débarquent en bien modeste équipage, comme les apôtres des premières églises, un bâton à la main, suivis d’un diacre qui porte leur Évangile roulé dans un tapis. Plusieurs d’entre eux, souvent des vieillard, tout blanchis d’années et de fatigues, ont traversé le Taurus ou le Balkan, et tardé de longues semaines sur la mer contraire, bravant toutes les peines pour apporter au synode le bulletin qui doit faire triompher leur faction. Même dans nos parlemens les plus passionnés, les chefs de parti auraient peine à trouver des votes aussi fidèles. Aussitôt débarqués, les prélats se hâtent dans les rues étroites qui mènent au Phanar : chacun cherche un gîte chez les hauts dignitaires de sa province ou de son camp, revêt la chape et la mitre, prend le sceptre pastoral et va s’asseoir dans l’église patriarcale, à la place que lui assigne son rang hiérarchique. Le bas clergé de Constantinople emplit le chœur, la foule des fidèles se presse dans la nef. Trois noms sont proposés à l’acclamation populaire ; souvent ces noms soulèvent des orages parmi ce peuple ardent, dont toute la vie nationale a reflué sur cette seule institution ; des cris se croisent, des couteaux se choquent, du sang coule dans la maison de paix ; on emporte quelque batelier du port blessé dans la bagarre ; la garde turque, qui veille à la porte, prend les armes, l’ordre se rétablit à sa vue ; après force vociférations et controverses, un autre nom est jeté à la multitude ; s’il a pour lui la faveur du moment, des zitos enthousiastes ébranlent les vieilles solives du plafond, la joie reparaît sur toutes ces physionomies naïves, toujours promptes à tout espérer d’un homme nouveau. Enfin le grand logo thète va soumettre la décision du synode à la ratification de la Porte ; ce n’est qu’après la délivrance du firman que l’église veuve peut saluer son nouveau pasteur.

Le synode qui s’assembla après l’éloignement de Métrophane, au printemps de 1572, semble avoir eu le sincère désir de procurer des jours meilleurs au monde orthodoxe et de faire cesser les scandales qui le désolaient. Un des premiers noms proposés au peuple fut celui de Jérémie qui, disait-on, administrait dans l’esprit du