Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/929

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Mais, nous l’avons dit, ce n’est plus du côté de Rome ni d’Athènes que notre sculpture a ses affinités. Tout le monde se souvient des débuts de M. Paul Dubois aux Salons de 1863 et de 1865. Le Narcisse, le Saint Jean, le Chanteur florentin obtinrent un succès éclatant. M. Paul Dubois a fait école, et c’était justice : en effet, il à ouvert aux hautes études un horizon nouveau. Étant allé en Italie pour y perfectionner librement son talent, il a cru pouvoir s’adresser à des autorités qu’on avait jusque-là négligées. Doué d’un sentiment très pur et, pour l’exécution, du goût le plus délicat, amoureux de la vérité, esprit cultivé et d’une parfaite droiture, tout à fait de son temps dans la meilleure acception du mot, il a trouvé chez les maîtres du XVe siècle ce complément, ce renfort de lui-même que d’autres allaient demander à l’antiquité. Ce qui distingue les grands artistes de la première renaissance, c’est la franchise avec laquelle ils saisissent le caractère des formes individuelles et la profondeur avec laquelle ils rendent l’expression ; c’est la justesse, peut-être un peu maigre, des formes qu’ils emploient, justesse qui exclut toute superfétation et qui vise à ne jamais s’écarter des volumes vrais. M. P. Dubois s’appropria ces qualités. Une sorte d’atticisme naturel comme celui que Ghiberti avait en partage lui permit d’unir à la justesse la suavité. Et comme, en même temps que sculpteur, il est peintre, dépassant la limite dans laquelle rien ne pouvait le tenir enfermé, il emprunta au Corrège ce fondu qui, posé, pour ainsi dire, sur un modelé profond, enveloppe ses sculptures comme d’une douce atmosphère qu’elles emportent partout avec elles.

Certes, dans sa modestie, l’artiste ne se doutait pas qu’il allait donner le branle à toute une génération ; mais l’impulsion fut très forte. Des amateurs clairvoyans eurent l’heureuse idée de fonder un prix de Florence. L’école de Home, cette école que l’on accuse d’être immobile, entra dans le mouvement, et nous pensons que MM. Falguière, Mercié, Delaplanche, ne nous démentiront pas si nous disons qu’ils concoururent à lui donner sa signification et à l’étendre. Malheureusement ces jeunes maîtres, de même que M. Dubois, n’ont au Salon que des travaux faits sur commande ; ils ne nous montrent aucun de ces ouvrages dans lesquels leurs talens s’affirment sans contrainte. Mais les représentans de la nouvelle école sont nombreux. Dans le nombre, citons d’abord M. Aube pour son intéressante statue de Dante aux enfers, statue qui ne rend peut-être pas le sujet avec assez de clarté, mais qui est d’une pondération simple, et dont l’exécution souple est animée par des noirs habilement placés ; puis M. Bouché avec une Léda, et M. Hiolin, qui a fait un Abel les bras levés, présentant à Dieu le premier-né de son troupeau. La tête du jeune homme, enveloppée