Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/937

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avec lequel leurs auteurs ont transcrit sur l’or, l’un les Bergers d’Arcadie, du Poussin ; l’autre, le Milon de Crotone, de Puget : leurs ouvrages sont dignes de la destination pour laquelle ils ont été commandés.

Il en est parmi les graveurs en médailles qui travaillent en même temps les pierres fines : mais c’est l’exception. Les deux arts, croyons-nous, doivent être séparés. Pas plus que la médaille, le camée, par exemple, n’obéit aux lois strictes du bas-relief. L’idée contraire engendre des œuvres froides et dures, comme celles que Jeuffroy travaillait au commencement du siècle et qui ne témoignent que de l’ennui de l’artiste et de la difficulté que la pratique de sa profession lui opposait. Aujourd’hui on tient plus de compte des ressources que présentent les matériaux précieux dont on fait usage. Mais alors quel art charmant ! Prendre une gemme telle que la nature l’a faite, avec ses irrégularités, ses plans capricieux ; profiter des couleurs variées dont elle est riche, pour distinguer dans une composition les nus, les draperies, les accessoires ; nuancer ces couleurs en diminuant à propos l’épaisseur des couches qu’elles constituent ; se rendre un moment l’esclave de la matière pour la forcer à exprimer une idée et faire tourner les jeux de la nature de telle sorte que l’œuvre terminée semble le résultat d’un accord éternel entre le hasard et le génie du graveur, c’est un travail bien fait pour solliciter tout l’esprit d’invention et de ressources, toute l’habileté d’un artiste.

Plus d’un l’a senti, et nos voyons au Salon un joli camée de M. Lemaire, d’après l’Amour, de Prud’hon ; de bons portraits de MM. Danjon et Fréville ; et enfin de M. Schultz, une scène mythologique traitée sur une sardonyx à cinq couches, avec un art remarquable et un vrai talent de dessinateur et de coloriste.

En effet, si le camée est une sorte de sculpture, c’est une sculpture polychrome ; la peinture seule peut en donner l’idée et non pas le moulage ; et c’est un intermédiaire qui nous conduit naturellement à la peinture elle-même.


EUGENE GUILLAUME..