Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/123

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gouvernement. Il faut se rendre compte de ce que c’était que cette position de Berryer vis-à-vis d’un régime qui restait encore la monarchie, qui était cependant une révolution et qui suscitait nécessairement tous les instincts, les espérances, les vœux attachés à ce mot de révolution. Berryer avait prêté un serment qui lui avait coûté, par lequel il avait pris l’engagement, — « engagement formel, disait-il, engagement sacré de respecter les lois, de ne se prêter à aucune attaque, à aucune tentative d’attaque illégale contre l’ordre établi, contre les pouvoirs constitués. » Il avait prêté ce serment sans subterfuge. Cela fait, il se croyait le droit de s’établir en quelque sorte au cœur des institutions nouvelles, de tout dire, de tout juger, de suivre pas à pas un événement auquel restaient attachées les destinées de la France. La position de Berryer était celle d’un adversaire loyal, libre de tout lien, faisant quelquefois campagne avec d’autres oppositions sans se confondre avec elles, s’armant contre le régime de juillet de ses origines, de son principe, de ses promesses, de ses fatalités révolutionnaires ou de ses apparentes inconséquences.

Une fois la lutte ainsi engagée, tout devenait occasion pour Berryer, et un budget, et les mesures de bannissement, et l’abrogation de l’anniversaire du 21 janvier, et les lois répressives sur les associations ou sur la disjonction, et les adresses, et les crises ministérielles, et les affaires extérieures.

L’art merveilleux, la tactique supérieure de Berryer était de remettre sans cesse le régime de 1830 et les hommes qui le servaient, qui travaillaient à le fonder, en face de leurs engagemens, en face de la situation révolutionnaire qu’ils avaient créée. Assurément lui, royaliste, il n’avait ni goût ni faiblesse pour la république, qui fermentait partout au début du règne nouveau ; il la considérait, autant que les ministres, autant que M. Guizot, autant que M. Thiers, comme un danger pour la France : il prétendait seulement qu’il ne suffisait pas de recourir à des expédiens de pouvoir pour se défendre contre le danger, que c’était le pouvoir lui-même qui poussait à la république par sa nature comme par ses actes. « Laissez-moi parler, disait-il un jour ; le pouvoir féconde la république, malgré lui il la féconde. Recueillez vos souvenirs,… demandez-vous ce qu’ont laissé dans les esprits les actes qui ont signalé les premiers jours de la monarchie nouvelle. Les chants répétés de toutes parts dans les rues, un prince brisant à la voix du peuple les armoiries de sa famille, était-ce là marcher à la royauté ou se jeter vers la république ? Et la loi pour récompenser les vainqueurs de la Bastille, et cette loi qui, par une destination nouvelle, a en quelque sorte ressuscité un monument profane consacré à la gloire de l’antiquité républicaine, le Panthéon, ces lois sont-elles destinées à