Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/15

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fut un avertissement pour l’Union, le Français, le Monde, l’Ami de la France ; le Pays, la Liberté, le Peuple français, qui, plutôt que de s’exposer à des avanies, préférèrent cesser de paraître pendant ces jours d’oppression où nul honnête homme ne pouvait exprimer sa pensée. Dans sa correspondance diplomatique, M. Washburne, habitué aux libertés de l’Amérique, revient souvent sur ce sujet et laisse voir l’indignation dont il est animé. On dirait que la commune, s’attribuant le privilège de la calomnie, refuse aux autres celui de la vérité. Tout blâme l’irrite et la force à dévoiler les instincts tyranniques dont elle est tourmentée. Le 18 avril, elle supprime d’un mot le Soir, la Cloche, le Bien public, l’Opinion nationale. Ce n’est pas assez. Dans les délibérations de l’Hôtel de Ville, on la pousse aux décisions les plus coupables. Au cours de la séance du 21 avril, sous la présidence de Varlin, Amouroux s’écrie avec conviction : « A mon avis, il ne devrait y avoir qu’un seul journal ; il faut les supprimer tous. En temps de guerre, il ne doit y avoir que l’Officiel. » Amouroux, tout brutal qu’il se montrait, était pourtant plus accommodant que M. Degouzée, député libéral, qui, en juin 1848, demandait simplement la déportation en masse de tous les journalistes. Pour répondre à la proposition d’Amouroux, Félix Pyat serait heureux si le Journal officiel était rendu gratuit et public, et le docteur Rastoul, en homme pratique, se contenterait de le voir adresser gratuitement à tous ses électeurs. La commune a eu raison de dire qu’elle avait des idées nouvelles en économie politique. Toutes celles qu’elle a eu le temps d’émettre ressemblent terriblement au mode d’abonnement préconisé pour son Journal officiel. Dans la séance du 22 avril, Vermorel accuse Félix Pyat d’avoir blâmé dans le Vengeur la suppression des journaux, et d’avoir cependant proposé à la commune l’initiative de cette mesure. On échange des paroles peu courtoises, et Régère affirme que la motion est due à Raoul Rigault seul. Nous n’en avions jamais douté. La question du Journal officiel les préoccupe ; le journal appartient à une compagnie particulière qui l’exploite sous certaines conditions déterminées par un cahier des charges ; cela n’est pas suffisamment révolutionnaire. Le 23 avril, Longuet dit : « Il faut absolument que le journal devienne la propriété de la commune et soit parfaitement entre nos mains. » Régère approuve, et si la commune avait duré, le Journal officiel serait certainement devenu propriété communale par voie de confiscation.

Raoul Rigault a quitté la Sûreté générale, où il est remplacé par Cournet ; celui-ci fait aussi des considérans et prend des arrêtés où la boursouflure du style arrive naturellement au comique : « Considérant qu’il serait contraire à la moralité publique de laisser