Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/163

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laisse entrevoir est bien celui que les événemens ont brusquement révélé.

Bien que le pays des Zoulous soit placé en dehors des possessions britanniques et que la domination de Natal, dont ils forment la frontière nord-est, leur ait été arrachée, cette colonie contient cependant plus de trois cent mille hommes de race zoulou en face d’un peu plus de vingt mille colons anglais, en sorte que, s’ils ne sont pas les maîtres du pays, ils en sont au moins les véritables habitans. Ces indigènes n’ont abdiqué ni leurs mœurs, ni leur nationalité, ils vivent dans leurs kraals selon les lois qui leur sont propres, sous des chefs dont l’autorité reste sur eux aussi entière que s’ils étaient en pays zoulou. Ceux mêmes qui sont répandus parmi les blancs et engagés à leur service ne se détachent jamais de leurs tribus sans esprit de retour, et ne s’en séparent même d’ordinaire que pour un temps aussi court que possible. Il en résulte qu’ils sont soumis à la fois à deux dominations et que, sujets de l’Angleterre, ils sont en même temps vassaux de Cetywayo, situation ambiguë qui, dans le cas de soulèvement général ou de désastres militaires nouveaux, peut faire courir à la colonie les plus grands dangers. La conduite de Langalibalele, chef de la tribu des Hludi, condamné naguère pour avoir refusé de comparaître lorsqu’il était mandé devant l’autorité coloniale, a montré à quel point les chefs zoulous se considèrent comme peu liés par cette qualité de sujets anglais. Que Cetywayo fasse un signe, et la plupart seront fort embarrassés de ne pas obéir, car les Anglais ne sont que leurs maîtres et Cetywayo est leur roi. Le sentiment de supériorité que le Zoulou tire de la prééminence qu’il doit à ses chefs est encore une source de dangers qui, pour être toute psychologique, n’en est pas moins fort sérieuse, et ses qualités naturelles, même dans ce qu’elles ont de presque aimable, ne sont rien moins que rassurantes.

De toutes ces hordes noires, c’est la plus aristocratique et celle qui se rapproche le plus des races orientales à peau blanche ou jaune. Les Zoulous sont essentiellement un peuple de guerriers, non un peuple de pasteurs comme les indigènes de l’ouest ou de laboureurs comme les Basoutos, et M. Trollope les décrit comme un peuple de dandys. Il ne tarit pas d’enthousiasme sur leur entente du costume et l’aisance avec laquelle ils savent le porter ; les pages qu’il a écrites sur ce sujet sont parmi les meilleures de son livre et en sont à coup sûr les plus éloquentes. Les haillons même leur sont une parure et les défroques les plus grotesques une grâce, nous dit-il pour nous faire comprendre cette élégance naturelle, comme Shakspeare, pour nous faire comprendre le