Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/187

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chez un autre boer établi sur l’extrême frontière du Cap, au sud du fleuve Orange, remarqua entre les mains des enfans de son ami une pierre si brillante qu’il eut un vague soupçon de sa valeur et proposa de l’acheter. La mère de l’enfant refusa toute indemnité pour une telle bagatelle, et le pria de l’accepter. On peut aisément imaginer les repentirs de la bonne femme lorsqu’elle apprit plus tard que croyant donner un caillou, elle avait donné une petite fortune. Nul n’est prophète dans son pays, dit un proverbe qui trouve son application jusque dans le monde inerte des pierres, témoin les palets de l’Eldorado et ce premier diamant africain. Après avoir passé par diverses mains et n’avoir rencontré que des incrédules, il arriva enfin jusqu’au docteur Atherstone de Grahamstown, qui le reconnut pour ce qu’il était, et fut vendu à sir Philip Wodehouse, alors gouverneur du Cap, pour la somme de 500 livres sterling. Alléché par cette aubaine, Van Nickerk chercha les moyens de récidiver, et un an après, ayant entendu parler d’un dénicheur de sorciers qui parmi ses talismans possédait une pierre semblable à la première, mais beaucoup plus considérable, il fit marché avec cet homme moyennant un certain nombre de moutons et de chevaux. La pierre ainsi achetée pesait 83 carats, fut vendue par Van Niekerk 11,200 livres sterling, et a conquis une célébrité parmi les diamans fameux sous le nom d’étoile de l’Afrique du sud.

Dès lors il fut bien avéré que le sol de l’Afrique méridionale recelait des diamans, et les recherches commencèrent, quoique d’abord assez peu activement. Les premiers chercheurs se bornèrent à fouiller le lit du Vaal, et le résultat le plus clair de leurs travaux fut de donner naissance à la petite ville de Barkly, sur les bords du fleuve que nous venons de nommer. Comme les pierres que l’on recueille par ce procédé sont des pierres détachées du sol et entraînées par les eaux, elles sont naturellement peu nombreuses, cependant il paraît qu’elles sont plus nettes et plus pures que les pierres arrachées à la terre. Ce premier genre d’investigation dura deux ans, de 1870 à 1872, époque où les river diggings cédèrent la place aux dry diggings. Ce que l’or du Transvaal n’avait pas eu la puissance de faire, les diamans du Griqualand y parvinrent ; ils créèrent un rush, c’est-à-dire une aflluence, et avec ce rush fournirent à la Grande-Bretagne l’occasion d’ajouter un nouveau domaine à ses possessions coloniales. Dès qu’il y eut dans le Griqualand un nombre suffisant de sujets anglais pour motiver une intervention, le gouvernement du Cap se hâta d’y envoyer un lieutenant-gouverneur et un corps de soldats, pour maintenir l’ordre parmi les mineurs et régler leurs différends avec les fermiers propriétaires des terrains remués par les fouilles, ou les compagnies qui les avaient acquis de ces fermiers. Il régla ces différends avec intelligence et bonheur,