Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/557

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dirigeait. On ne peut l’en blâmer ; l’expérience de sa longue carrière lui avait appris que tout procès criminel touchant à des faits insurrectionnels porte en soi un péril et que, dans notre pays superficiel et oublieux, on fait souvent des martyrs avec les coupables les plus justement condamnés. Il connaissait cet inconvénient et voulut s’y soustraire. En revanche, il refusa brusquement et sans discussion d’adopter un projet qui lui fut soumis pour se débarrasser de tous les insurgés arrêtés. Un Américain, M. George Wilkie, directeur de la compagnie de la Basse-Californie, dont le siège est à New-York, proposa « un marché » qui ne put être accepté. Il demandait à jeter sur la grande presqu’île que baignent les eaux de l’Océan-Pacifique et de l’ancienne mer de Cortès tous les prisonniers faits à la chute de la commune. A chacun d’eux, il garantissait la concession immédiate de douze hectares de terrain, avec promesse d’une nouvelle concession de vingt autres hectares, après un séjour de trois ans. De ces révoltés on voulait faire des colons, en les distribuant sur un sol admirable, fort chaud, car il est précisément situé sous le tropique du Cancer, mais d’une fertilité exceptionnelle, très abondant en pâturages, en bestiaux, en gibier, et où il est facile d’établir des pêcheries d’huîtres perlières. M. George Wilkie exigeait un million pour couvrir les frais de la compagnie, dans le cas où le gouvernement français opérerait sur ses navires le transport des convicts ; si au contraire la compagnie restait chargée de ce transbordement, elle demandait 1,100 francs par colon en guise d’indemnité pour le voyage et la nourriture. C’était une affaire commerciale ; elle s’éloignait trop des habitudes de notre caractère national pour être acceptée ; elle fut simplement repoussée, et la Basse-Californie n’eut point à recueillir les épaves de ce grand naufrage.


II. — Les contumax.

Dès que la commune eut pris fin, dès que l’on eut secoué l’impression de désespoir et d’horreur que ses derniers crimes inspirèrent, on se demanda comment une si malfaisante insurrection avait pu se produire ; on en chercha sinon les causes, du moins les prétextes, car on répugnait singulièrement à rendre la seule perversité humaine responsable de tant de forfaits. C’est alors que quelques voix s’élevèrent, plus spécieuses qu’intelligentes, et que l’on entendit des phrases toutes faites : patriotisme égaré, — fièvre obsidionale