Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/692

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celui de M. A. Blanchet. Le lac de Nicaragua, formant un réservoir inépuisable et capable de fournir une quantité d’eau suffisante pour l’alimentation d’un canal maritime, devait, selon nous, faire triompher l’idée qui aurait eu cette belle nappe d’eau pour auxiliaire. On pouvait en effet, si le pays était plat du côté de l’Atlantique, comme la Beauce, par exemple, creuser le canal sur le plateau et conduire, par ce moyen, le niveau du lac le plus près possible des deux océans. Si, au contraire, le pays était montagneux et par suite le cours du San Juan encaissé, c’était une vallée qui devait former le canal, en élevant, par des barrages, le niveau des eaux de la rivière. Or, le pays présente cette dernière condition. C’est en créant dès barrages et en submergeant les ravins du fleuve San Juan et du Rio-Grande que M. Blanchet a établi son projet, projet qu’il soumit du reste, dès l’année 1875, au congrès géographique et sur lequel, dès cette époque, M. de Lesseps appela l’attention du monde savant.

Déjà M. Childs avait indiqué au Nicaragua, du côté du Pacifique, un seuil très bas ; les explorations officielles américaines, conduites sous les ordres du commandant Lull par M. l’ingénieur Menocal, ne signalèrent depuis effectivement qu’une hauteur de 13m,34 au-dessus des hautes eaux du lac, au col de Rivas. Dans sa première exploration, en 1878, M. Blanchet vérifia le profil américain, et trouva au faîte de partage une altitude de 13m,19, mais sans avoir pu retrouver exactement le repère de l’exploration américaine. Cette faible élévation s’explique peut-être par ce fait que la grande chaîne de la cordillère, au lieu de suivre l’isthme de Rivas, passe dans le lac où elle est accusée par les anciens volcans du Madeira, de l’Ometepe et du Zapatero. La distance du Pacifique au lac n’est que de 30 kilomètres. Sur le petit territoire qu’on nomme l’isthme de Rivas, deux rivières séparées par une distance de 7 à 8 kilomètres coulent, l’une, le Rio-Lajàs, vers le lac, l’autre, le Rio-Grande, vers le Pacifique. L’isthme est traversé par une vallée continue, et les petits affluens de deux autres rivières, le Güinoyol et le Rio-Espinal, ont leurs sources très rapprochées l’une de l’autre. Il n’y aurait donc qu’une tranchée de peu d’importance à creuser pour amener les eaux du lac dans la vallée de Rio-Grande. Cette rivière, qui prend sa source tout près du Pacifique, tourne autour d’un massif montagneux, et déverse ses eaux dans un vallon encaissé ; son lit a de 10 à 20 mètres de largeur, et ses berges ont de 7 à 8 mètres d’élévation. Elle fait de nombreux circuits, passe à Las Cerdas, et arrive dans la gracieuse vallée de Tola. Les collines qui l’entourent, après s’être élargies, se resserrent à la Flore entre deux éperons, dont l’un a une élévation de 64 mètres et une