Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/721

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manière. Il ne peut pas admettre qu’il y ait une rue Marie-Antoinette ou une rue Marie-Louise, ou même une rue Bonaparte, Le conseil municipal de Paris se propose de faire disparaître de l’histoire de la France le nom de Bonaparte, et, si on n’avait pas remis debout la colonne Vendôme, ce n’est certainement pas lui qui l’aurait rétablie, Tout ce qui a une vague apparence cléricale lui est particulièrement insupportable, et il est bien clair que des voies publiques qui de temps immémorial s’appellent la rue des Carmes, la rue de la Visitation, ne peuvent trouver grâce devant lui. Comment remplacera-t-on tous ces noms qu’on veut faire disparaître ? Le conseil municipal ne serait point assurément embarrassé pour si peu. Il a sa provision de noms révolutionnaires, et la seule difficulté pour lui, c’est de ne pouvoir les inscrire tous au fronton de nos rues. Voilà de quelles puérilités on peut s’occuper dans une assemblée prétendue sérieuse en plein Paris, Le conseil municipal, lui aussi, est républicain à sa manière, il veut donner la physionomie républicaine ou jacobine à la ville qu’il administre, et c’est ainsi que reparaît sous toutes les formes l’antagonisme des deux républiques qui sont toujours en présence. Le gouvernement, quant à lui, a sûrement fait son choix, qui n’est pas celui du conseil municipal de Paris. Tout ce qu’on lui demande, c’est de conformer ses actions à sa pensée réelle et de ne pas craindre de résister aux entraînemens par lesquels on chercherait à dénaturer la politique qu’il entend suivre pour l’honneur et l’intérêt de la France.

C’est une chose au moins caractéristique et curieuse que, dans tous les pays où les partis avancés dominent, les conflits de pouvoirs se multiplient, les crises se succèdent, et les affaires les plus sérieuses souffrent fatalement d’une sorte d’instabilité chronique, Les partis avancés, puissans pour l’opposition, ont de la peine à devenir des partis de gouvernement ; ils ont toujours plus ou moins l’embarras de leurs engagemens, de leurs promesses irréalisables, de leurs alliances compromettantes. Depuis trois ans déjà, en Italie, la gauche est au gouvernement, et l’histoire de son règne commence assurément à être instructive. Elle est arrivée tout d’abord au pouvoir avec un cabinet qui avait pour chef un vieux parlementaire piémontais, M. Depretis, et pour ministre de l’intérieur M. Nicotera. Avant qu’une année fût écoulée, ce cabinet, assailli de compétitions, se voyait obligé de se modifier, en restant encore, il est vrai, sous la présidence de M. Depretis. Il croyait se fortifier par une métamorphose devenue nécessaire, il ne faisait que s’affaiblir, et il ne tardait pas à disparaître dans une échauffourée de parlement pour faire place à un ministère présidé par M. Cairoli, une des personnifications les plus loyales des opinions avancées. Ce premier passage aux affaires de M. Cairoli n’était pas précisément des plus heureux, puisqu’il était marqué par un attentat qui menaçait la vie du roi Humbert à son entrée à Naples. Le président du conseil, blessé lui-même en