Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/896

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à présumer au contraire qu’au moment de la conquête romaine les habitans de la Gaule, à raison de la diversité des élémens qui s’étaient fusionnés sur son territoire, offraient une image beaucoup plus variée et que tous nos types actuels y comptaient déjà des représentans.

Les mœurs gauloises ont été souvent décrites. Nous rappellerons ici que, dans ce genre de caractéristique, il faut soigneusement distinguer les traits qui ont marqué partout un certain niveau de civilisation de ceux qui doivent être considérés comme spéciaux à une race et permanens tout le long de son histoire. Ainsi la gloutonnerie, l’ivrognerie, la témérité hâbleuse et étourdie se voient partout au sein des populations sorties à peine de la barbarie, quand on les compare à des peuples possédant une civilisation déjà vieille.

Quant à l’amour des choses nouvelles ou curieuses, joint à une grande persistance dans la routine, quant au goût de la parole acérée et de la fine raillerie, à la sociabilité reposant sur une faculté très prononcée de prompte sympathie et s’unissant par conséquent à une disposition égale pour l’enthousiasme, l’attaque furibonde et la panique irréfléchie, ce sont là des propriétés de la race qui se sont perpétuées jusqu’à nous et qui forment encore le fond de notre caractère national, qualités et défauts compris.

Nous devrons, pour parler en détail de la religion des Gaulois, attendre la publication du volume que nous promet encore M. Desjardins et qu’il consacrera à l’étude de nombreuses divinités locales qui se partagèrent les hommages de nos ancêtres. Les petits dieux du terroir, nous le pensons comme lui, furent l’objet d’adorations plus persistantes que les grands dieux qui passent pour avoir été généralement reconnus dans le monde celtique. Mais il est un sujet que le savant archéologue a déjà traité in extenso dans le second volume déjà paru et sur lequel nous devons nous arrêter ; d’autant plus que, sur tous les points qui s’y rapportent, nous ne saurions partager entièrement son opinion. Nous voulons parler du druidisme.

Signalons d’abord les points où il nous paraît avoir complètement raison.

M. Desjardins relève le fait trop longtemps négligé que le druidisme ne fut une institution connue que dans les Iles britanniques et dans la Gaule proprement dite. Ni les Cisalpins, ni les Ibéro-Aquitains, ni les habitans de la Narbonnaise ne paraissent avoir vu de druides établis à demeure parmi eux. Le silence absolu des textes classiques équivaut en pareil cas à une négation. De même, il est certain que la Germanie n’en posséda pas davantage. Cela ressort du témoignage formel de César et de Tacite. « La circonférence