Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/933

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s’être pas assez servi de la correspondance intime de Maurice de Nassau avec le comte Guillaume de Nassau, que Maurice consultait sans cesse et sur les matières religieuses et sur les matières politiques. M. Groen van Prinsterer conclut de cette correspondance que Maurice n’avait point pour ainsi dire de passion vive, de haine personnelle ; qu’il suivait complaisamment l’impulsion de son parent ; c’est en quelques mots que Maurice annonça à ce dernier l’exécution de Barneveld. Dans son journal, il met cet événement à sa date avec ces remarques : « Barneveld a servi l’état trente-trois ans et cinq jours, depuis le 8 mars 1586 ; homme d’une grande activité, mémoire et sagesse. — Oui, extraordinaire en tous points. Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber. »

Motley, au contraire, accuse Maurice d’avoir satisfait, en faisant tomber la tête de Barneveld, une vieille haine contre celui qui n’avait pas voulu lui laisser changer son titre de stathouder contre le titre de roi. Les historiens hollandais cherchent à le laver de ce reproche ; ils ne veulent voir dans Barneveld qu’une victime religieuse. On peut longtemps fouiller les textes, les correspondances intimes, avant de résoudre de telles énigmes. On croit trouver la pensée intime d’un personnage dans des notes et des lettres ; mais les lettres mentent aussi bien que les paroles. On se trompe grossièrement avec des textes, il faut les interpréter, les traduire, les apercevoir dans un certain milieu d’impressions, de traditions, de fatalités historiques. La nécessité des temps portait Maurice de Nassau à fortifier de toutes façons le pouvoir qui était entre ses mains. Il avait une mission à remplir, et il était de ces hommes qui, devenus les instrumens demi-consciens, demi-inconsciens d’un grand dessein, ne se livrent entièrement à personne, pas même à leurs proches. Il devint le défenseur d’une église nationale, d’une église établie, il n’était pas l’apôtre de la tolérance universelle.


II

Nous avons encore à parler de Motley, non plus comme historien, comme diplomate. Ce fut de la façon la plus imprévue qu’il se trouva jeté dans la vie publique. Il avait passé l’hiver de 1859 en Angleterre, pour surveiller la publication des deux premiers volumes de l’Histoire des Pays-Bas, quand la guerre civile éclata aux États-Unis. Motley vit avec une surprise mêlée de colère et de douleur que la cause de l’Union n’avait que bien peu de partisans en Angleterre. Au moment de l’affaire du Trent, il put même craindre un instant que la guerre n’éclatât entre son pays et l’Angleterre : il écrivit deux lettres au Times pour tâcher de faire connaître au juste à l’Europe le caractère du grand conflit qui commençait en Amérique. Il faut se