Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34.djvu/935

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vivement qu’au pauvre archiduc Maximilien, qu’il peint de disposition aventureuse, poétique, « pareil à son malheureux ancêtre anonyme, le roi de Bohême aux sept châteaux, qui, à en croire le caporal Trim, avait tant de passion pour la navigation et la mer, sans avoir un seul port dans ses possessions. » Les défaites de l’armée américaine le mettent hors de lui ; il demande un « homme à cheval. »

« L’homme à cheval » devait venir, et Motley ne prévoyait guère que le vainqueur du sud le frapperait un jour de disgrâce. Il devait une première fois être frappé par une main assez vulgaire. Andrew Johnson reçut pendant qu’il était président une lettre de Paris datée du 23 octobre 1866, et signée du nom inconnu de George W. Mac Crackin, de New-York. Dans cette lettre véritablement anonyme, on dénonçait tous les ministres et consuls d’Amérique et particulièrement Motley. Elle fut envoyée à M. Johnson, à M. Seward, alors ministre d’état, et à tous les diplomates américains. On accusait ces derniers de manquer de patriotisme, et de se faire de plats courtisans dans les pays où ils étaient accrédités. M. Adams, qui était à Londres, reçut cette lettre et la jeta tranquillement au feu. Il n’y avait pas autre chose à en faire. M. Motley eut le tort de s’en émouvoir. Il envoya une dépêche à ce sujet et offrit sa démission sans savoir ni qui était son accusateur, ni comment son gouvernement avait accueilli une accusation aussi méprisable. M. Seward écrivit une lettre pour refuser purement et simplement la démission de M. Motley, mais le président Johnson intervint personnellement ; il profita de l’occasion et frappa M. Motley avec l’arme même que celui-ci lui tendait. Motley sortit de son poste avec hauteur : il ne lui déplaisait pas d’avoir subi la disgrâce de M. Johnson ; il trouva peut-être aussi que M. Seward ne l’avait pas suffisamment défendu contre M. Johnson. En tout cas, quand il retourna en Amérique, il fit comprendre à tout le monde qu’une réparation lui était due, qu’il la voulait très éclatante, et Sumner, son ami, alors président du comité des affaires étrangères au sénat, déclara bien haut qu’il ne se tiendrait pas pour satisfait tant qu’on n’aurait pas donné à M. Motley le poste de Londres, le plus envié des hommes d’état américains.

M. Sumner avait une influence prépondérante au sénat, et quand l’élection du général Grant permit de renouveler toute l’administration, M. Fish, nommé secrétaire d’état, désigna Motley pour la cour de Saint-James. Le 16 avril 1869, Motley écrivait à Holmes : « Il me semble qu’on me place plus haut que je ne mérite, et en même temps, que j’assume de plus grandes responsabilités que je n’ai encore assumées. » Il y avait en effet à ce moment entre