Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 35.djvu/106

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de Peutinger; mais une autre conjecture infiniment vraisemblable, que M. Jordan, le savant commentateur de la topographie romaine, avait déjà émise, et que M. de Rossi vient d’appuyer de nouvelles et convaincantes raisons, c’est qu’un plan de la ville devait accompagner, dès le temps de César et d’Auguste, celui du monde romain. En effet un cippe mutilé trouvé devant l’église Sainte-Marie in cosmedin, à Rome, nous apprend qu’en l’année 47, sous le règne de Claude, les censeurs, après avoir interrogé la forma officielle, revendiquèrent et restituèrent au domaine des terrains que des particuliers avaient usurpés, loca quae a privatis possidebantur, causa cognita, ex forma in publicum restituerunt. Il est clair qu’il s’agit d’un plan authentique, reconnu de tous, faisant foi pour les limites des propriétés, et d’après lequel on se réglait de part et d’autre. Ce ne pouvait être, puisque l’autorité en était si bien établie, qu’une carte de Rome remontant à plusieurs années, probablement au commencement de l’empire, c’est-à-dire aux grands travaux d’Auguste. Dans les sèches énumérations des portes, des thermes, des places de la ville, dont se composent presque uniquement plusieurs des abrégés géographiques que nous a laissés l’époque impériale, M. de Rossi croit reconnaître les légendes dont une telle carte avait dû être pourvue. Une autre raison encore fait supposer l’existence d’une carte topographique de Rome au temps d’Auguste : les distances des lieux situés sur les grandes voies de l’empire étaient calculées d’abord jusqu’aux murs de Servius Tullius, puis de ce mur an militaire d’or du forum. Il fallait bien, pour qu’on pût faire aisément ce double calcul, qu’un plan double, celui de l’empire et celui de la ville, eût été dressé.

Auguste se vantait d’avoir laissé de marbre la ville qu’il avait reçue de brique ; toutefois la Rome de son temps se ressentit toujours de la reconstruction irrégulière qui avait suivi l’invasion gauloise. C’est vraiment après l’incendie de Néron que Rome, au moins dans les parties que le fléau avait détruites, fut réédifiée, selon les règles sévères du droit national et suivant les exigences nouvelles du bien-être et du luxe. Les rues en furent droites et alignées ; les maisons n’en durent pas dépasser une certaine hauteur. Tacite nous apprend dans un curieux passage que plusieurs regrettèrent les rues étroites et les maisons élevées qui donnaient jadis de l’ombre et des abris contre le vent. Pline l’ancien va plus loin dans ses regrets, et décrit l’intéressant aspect de l’ancienne et de la nouvelle ville : « Autrefois, dit-il, la population urbaine, entretenant de petits jardins à ses fenêtres, présentait aux yeux le continuel spectacle de la campagne, avant que les brigandages d’une nombreuse multitude eussent forcé de griller toutes les ouvertures.»